16 mai 2019
Jan Stocklassa, La folle enquête de Stieg Larson, sur la trace des assassins d’Olof Palme, essai traduit du suédois par Julien Lapeyre de Cabanes, Paris, Éditions Flammarion, 2019, 446 pages, 34,95 $.

Qui a tué
le Premier ministre suédois Olof Palme ?

Olof Palme a été Premier ministre
de la Suède du 14 octobre 1969 au
8 octobre 1976, puis du 8 octobre 1982 au 28 février 1986, jour de
son assassinat dans les rues
de Stockholm. L’écrivain Stieg Larsson a consacré une partie de
sa vie à tenter de résoudre l’énigme de ce meurtre. Ses recherches l’ont poussé à écrire la trilogie Millenium qui s’en inspire et qui s’est vendue
à plus de 80 millions d’exemplaires
à travers le monde.
Le journaliste Jan Stocklassa a passé huit ans à fouiller les archives de Stieg Larsson, décédé en 2004, et à approfondir le sujet pour finalement publier La folle enquête
de Stieg Larson, sur la trace des assassins d’Olof Palme.
Les archives consultées remplissent 250 mètres d’étagères.
L’enquête dure sans interruption depuis plus de trente ans. Quelque 10 225 personnes ont été entendues au moins une fois et plus
de 130 personnes ont avoué avoir commis
le meurtre. Jan Stocklassa ne fournit aucune preuve définitive de la culpabilité ni de
la complicité de quiconque. Sa contribution est maintenant entre les mains des enquêteurs suédois. Si tout se passe bien, Stocklassa croit qu’il sera possible d’ici
un an ou deux de prononcer cette phrase longtemps imprononçable : « On a arrêté l’homme qui a tué Olof Palme. »
La monumentale documentation consultée par Stocklassa permet d’établir un lien
entre le meurtre d’Olof Palme et la mort accidentelle ou criminelle de 19 personnes soupçonnées de mobile ayant trait au commerce d’armes avec l’Afrique du Sud.
Or, « trente ans de théories, d’hypothèses
et de contre-hypothèses n’ont rien arrangé : le petit noyau dur des faits est tout entier recouvert d’une sombre couche de présomptions et de mensonges ».
L’essai de Jan Stocklassa se lit comme
un thriller, car enquêter sur le meurtre d’Olof Palme est comme une drogue, même trente ans plus tard. Cela demeure peut-être le cas parce que la piste de l’extrême droite n’intéressait pas encore les enquêteurs…
12 mai 2019
John Grisham, Les Imposteurs, roman traduit de l’anglais par Dominique Defert, Paris, Éditions JC Lattès, 2019, 432 pages, 32,95 $.

L’arnaque
des écoles de droit

Auteur de trente et un romans,
tous best-sellers, dont La Firme et 
Le Cas Fitzgerald, John Grisham vient de publier Les Imposteurs, version française de The Rooster Bar (2017). Comme c’est souvent le cas chez Grisham, l’intrigue met en scène
des avocats, certains honnêtes d’autres véreux.
Dans le cas de ce 36e roman, les principaux personnages sont trois étudiants qui terminent leurs cours de droit. Il ne leur reste qu’un semestre et la seule chose certaine c’est qu’ils devront rembourser des prêts qui se chiffrent au total à 652 000 $, soit 266 000 $ pour Mark Frazier, 195 000 $ pour Todd Lucero et 191 000 $ pour Zola Maal. Ils n’ont évidemment pas l’intention
de cracher un sou… légitimement gagné.
Cette décision est prise après une analyse
de ce qui se passe dans chaque école de droit aux États-Unis. « Il n’y a aucune porte de sortie. On nous a menti, manipulés et roulés dans la farine. On est prisonniers
du système. Piégés comme des rats. »
Les écoles de droit ne sont que des usines
à fric.
L’action se déroule principalement à Washington, dans une obscure école de
droit appelée Foggy Bottom (fond brumeux). Mark, Todd et Zola abandonnent leurs études en catimini, changent de noms, créent un bureau de soi-disant avocats et trouvent des clients naïfs. Le trio est très malin. « On se cache en pleine lumière. »
John Grisham décrit une situation sans doute fictive mais qui frise la réalité,
à savoir que des gens se présentent en cour sans avoir été admis au barreau, sans numéro d’enregistrement, sans assurance-clients. Mark et Todd mènent le bal et Zola suit timidement. Les deux jeunes hommes lui cachent souvent la vérité. « C’est ce qu’on fait tous dans le métier, non ?
Quand on ne sait pas, on ment. »
Sans révéler les tenants et aboutissants
de l’intrigue, je signale que Mark et Todd réussiront à leurs risques et périls à lever
le voile sur l’arnaque des écoles de droit, tandis que Zola volera au secours de ses parents et de son frère rapatriés au Sénégal comme immigrants illégaux (une histoire parallèle qui colore un récit plus large).
D’un rebondissement à l’autre, le célèbre romancier américain raconte avec brio l’histoire de trois jeunes adultes qui ont
un passé ressemblant à un champ de ruines et un futur s’apparentant à un champ de mines.
4 mai 2019
C.J. Tudor, La disparition d’Annie Thorne, roman traduit de l’anglais par Thibaud Eliroff, Montréal, Éditions Flammarion Québec, 2019, 400 pages, 29,95 $.

Constante opposition
entre le jour et la nuit

L’écrivaine britannique C.J. Tudor a publié un premier roman intitulé L’Homme craie, qui a été traduit dans une quarantaine de pays et qui
l’a consacrée comme la star montante du thriller. Elle nous offre maintenant La disparition d’Annie Thorne, un psycho-thriller qui entrelace le passé et le présent de personnages aimablement torturés.
Le narrateur est Joe Thorne, au visage honnête, « ce qui prouve à quel point son entourage le connaît mal ». Enfant, Joe était ce gamin borné et bizarre que personne n’appréciait, sauf sa petite sœur Annie, la personne avec qui il pouvait être lui et la seule qui le faisait rire aux larmes.
Or, à 8 ans, Annie disparaît, puis revient deux jours plus tard… pour mourir peu de temps après. L’auteure laisse entendre que
la fillette est décédée dans un accident de voiture et brode ensuite toute une histoire autour de ce tissu de mensonge. C.J. Tudor explique que certaines personnes sont branchées « confession, pardon et rédemption », alors que Joe, lui, donne
dans « secrets, rancune et ressentiment ».
L’histoire se passe à Arnhill, petit village provincial et un peu rétro. Dans ce bled,
les gens se serrent les coudes et n’aiment pas voir quelqu’un débarquer pour causer des ennuis. Le retour de Joe, sa simple présence, cause justement un problème.
C’est à ce moment-là que le passé et le présent s’entrelace de façon un peu déroutante. Même si l’auteure cherche à composer avec une précision d’horloger
un suspense psychologique déchirant, j’avoue avoir perdu le fil de l’histoire à
plus d’une reprise.
À mon avis, la richesse de ce roman réside plutôt dans les réflexions dont C.J. Tudor parsème son récit. Elle écrit, par exemple, que « La vie connaît aucun gagnant.
Au bout du compte, on ne fait que perdre : notre jeunesse, notre apparence. Mais, par-dessus tout, ceux que nous aimons. »
La vie pose un problème : « Elle ne nous donne jamais le moindre tuyau. Pas le plus petit indice permettant de mesurer l’importance du moment. »
Côté style, Tudor écrit qu’un personnage
est « aussi effronté que le jour et aussi noir de poussière de charbon que la nuit ».
Son roman est une constante opposition entre le jour et la nuit aux niveaux sociologique et psychologique.
Stephen King se plaît à affirmer que
« si vous aimez mes livres, vous aimerez celui de C.J. Tudor. Je n’avais pas lu un polar aussi prenant, malin et divertissant depuis longtemps. Vivement recommandé ! »
J’ai plus de réserve, mais ne suis pas
un expert du thriller comme King.
21 avril 2019
Céline Minard, Bacchantes, roman, Paris, Éditions Rivages, 2019, 112 pages, 25,95 $.

Psychologie et suspense dans un roman-film
de braquage

Bacchantes, le nouveau roman
de l’écrivaine française Céline Minard, revisite les codes du film
de braquage, et ce autour de
la thématique du vin. L’auteure réussit à distiller un cocktail
explosif où l’ivresse se mêle
à la subversion.
Au moment où un typhon menace la baie
de Hong Kong, un trio de braqueuses s’est infiltré dans des anciens bunkers de l’armée britannique, qui renferme la cave à vin la plus sécurisée du monde. Elle contient 100 000 bouteilles, dont des grands crus
tels qu’un Romanée-Conti 1969, un Bell-Hill pinot noir 2009 ou un Chambolle-Musigny
« les Amoureuses » 2008.
Les trois braqueuses sont surnommées
la Brune, la Clown et la Bombe; leur rat s’appelle Illiad. Celle qui semble la meneuse
est une spécialiste en géophysique et géologie structurale, qui s’intéresse à « l’expérience physique de l’exploration
des cavités ». Les bunkers n’ont pas
de secrets pour elle.
L’intrigue est racontée comme « un compte à rebours avant l’impasse ». Les trois questions – qui, comment, pourquoi – préoccupent des personnages différents. Pour la brigade d’intervention, la plus importante est « comment ». Pour
le négociateur, c’est « qui »; pour
le propriétaire de la cave à vin, c’est « pourquoi ».
Sans dévoiler le dénouement de l’intrigue de ce roman-film de braquage, je souligne que Céline Minard dose bien la fibre psychologique de ses personnages et
la dose de suspense.
14 avril 2019
André-Carl Vachon, Raconte-moi
la déportation des Acadiens
, roman-essai, Montréal, Les Éditions Petit Homme, 2019,
136 pages, 12,95 $.

Fidélité, ténacité
et solidarité des Acadiens

Depuis le temps qu’on parle de
la déportation des Acadiens, on croit connaître l’histoire de ce « Grand Dérangement ». Le sujet demeure cependant plus complexe qu’il n’y paraît. Historien de formation, André-Carl Vachon met ni plus
ni moins « carte » sur table
dans Raconte-moi la déportation
des Acadiens
.
J’emploie le mot « carte » car il est question de multiples pérégrinations. Pour toutes
les raconter brièvement, Vachon campe
la famille de Marie et Jean, Acadiens de
la Nouvelle-Écosse, qui ont eu dix enfants entre 1712 et 1730. Chacun apporte de l’eau au moulin, car à travers cette descendance, ce sont diverses facettes moins connues
de la déportation qui nous sont révélées.
Ainsi, on apprend que les Acadiens à bord du bateau Pembroke ont fomenté une mutinerie, ont envoyé leurs prisonniers
à leur place dans la cale et ont mis le cap vers le Fort de Sainte-Anne-des-Pays-Bas, aujourd’hui Fredericton. On apprend aussi que les Amérindiens de la tribu Mi’kmaq ont été très accueillants envers les déportés.
Les familles de trois enfants de Marie et Jean aboutissent, elles, au Québec. On oublie souvent que « 4,8 millions de Québécois ont des ancêtres acadiens! » On trouve des petites Cadies aux Îles-de-la-Madeleine,
en Gaspésie, dans le comté de Bellechasse, en Beauce, dans Lanaudière, à Bécancour, L’Acadie, Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec et Montréal, entre autres.
Quant aux familles qui demeuraient à l’île Royale (Cap-Breton), elles ont été déportées en France, à Saint-Malo, pour être ensuite retournées en Amérique, à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti et République dominicaine), et de là vers la Louisiane. Deux fils de Marie et Jean s’installent dans
la région de la Nouvelle-Orléans.
La première partie du livre est l’histoire romancée des dix enfants de Marie et Pierre. La seconde partie couvre l’historique de
la déportation, la renaissance des Acadiens et l’Acadie d’aujourd’hui. Un tableau-synthèse présente les faits historiques
de 1604 à 1763.
« En déportant les Acadiens, les Britanniques espéraient qu’ils se fondent aux communautés anglophones de la Nouvelle-Angleterre, Or, les Acadiens n’avaient pas la même vision des choses.
Au lieu de s’assimiler, ils ont résisté.
Leur résilience et leur force de caractère leur ont permis de protéger leur culture. »
« Trois valeurs sont importantes pour
les Acadiens et sont transmises de génération en génération : la fidélité,
la ténacité et la solidarité. »
31 mars 2019
Collectif, Escale à Québec, Montréal, Guides de voyage Ulysse, 2019, 160 pages, 11 cartes, 14,95 $.

Ma ville préférée, Québec

On visite rarement la ville de Québec sans y revenir une, deux
ou trois fois. La première ville créée au Canada (1608) a la force d’un aimant. Mieux vaut la connaître à l’aide guide comme Escale à Québec (Ulysse). J’ai visité « la Vieille Capitale » au moins vingt fois et je découvre encore des perles cachées.
Juste sur le plan des dates importantes,
je rappelle, outre sa fondation en 1608 par Champlain, que Québec fut la capitale de
la Nouvelle-France (1663), la capitale du Bas-Canada (1791-1840), deux dois la capitale du Canada-Uni (1851-1855 et
1860-1865) et, bien entendu, la capitale
de la Belle Province depuis 1867.
Les images emblématiques de Québec
ne manquent pas. Le Château Frontenac,
la porte Saint-Jean, l’hôtel du Parlement,
la rue du Petit-Champlain, la Place Royale et les plaines d’Abraham demeurent les plus connus. Quant aux expériences culturelles en tête de ma liste, je conseille le Musée national des beaux-arts du Québec,
le Musée de la civilisation, le Musée de
la Francophonie et la Rue du Trésor
(un écrin d’aquarelles à ciel ouvert).
Québec est une ville gastronomique
aux nombreuses tables réputées. Le grand restaurant Champlain du Château Frontenac est l’endroit pour souligner un anniversaire avec luxe. Moi, je fréquente presque toujours Aux Anciens Canadiens pour une ragoût de boulettes servi avec betteraves marinées et Un thé au Sahara pour un couscous royal. J’aime bien aussi m’arrêter au restaurant
La Campagne, rue Saint-Jean, pour ses spécialités vietnamiennes.
Durant la saison hivernale, Québec ne dort bas. Elle offre un Hôtel de Glace à Valcartier, un anneau de glace pour patiner sur les plaines d’Abraham, des glissades sur la terrasse Dufferin, du ski de fond au Domaine Maizerets et des promenades en raquettes au parc linéaire de la Rivière-Saint-Charles.
Mon prochain voyage sera justement une « escale à Québec » en revenant des Îles
de la Madeleine. Le bateau ne s’y arrête que pour sept heures. Heureusement, le quai est en face du Musée de la civilisation, donc à deux pas de la Place Royale, du Petit Champlain et de la terrasse Dufferin.
25 mars 2019
B. A. Paris, Dix petites poupées, roman
traduit de l’anglais par Vincent Guilluy,
Paris, Éditions Hugo & Vie, 2019, 336 pages,
29,95 $.

Des poupées qui ont
le pouvoir d’émasculer

Traduite dans 37 pays, la romancière B. A. Paris, d’origine franco-irlandaise, a vendu plus de deux millions d’exemplaires de son premier thriller, Derrière les portes. Ce fut suivi par Défaillances et puis maintenant Dix petites poupées,
en route vers un autre succès phénoménal.
L’auteure ayant grandi en Angleterre, chaque thriller est écrit en anglais. B. A. Paris vit en France où elle dirige une école de langue et où l’action de Dix petites poupées commence. Finn a quitté Paris et décide de s’arrêter à Fonches pour aller à la toilette. Son amoureuse Layla reste dans la voiture, mais n’est plus là quand il revient…
Douze ans plus tard, la rouquine Layla n’a toujours pas donné signe de vie. Sa sœur Ellen est devenue la fiancée de Finn qui compare constamment les deux amours
de sa vie, le premier en fut un de folie,
le second en demeure un « par gratitude ».
Les « dix petites poupées » du titre sont
des poupées russes que surgissent ici et là, souvent dans la boîte aux lettres de Finn, l’une a la tête écrasée. Il croit d’abord à un canular, mais ces poupées exercent une telle force que Finn se demande « comment
elles parviennent à l’émasculer par leur seul présence ».
Pendant plus de 120 pages, le roman alterne entre des chapitres Maintenant (Finn et Ellen) et Avant (Finn et Layla). Plusieurs chapitres se terminent sur une petite phrase énigmatique ou parfois assassine. En voici quelques exemples : « il ne se douterait plus de mon retour », « parce qu’Ellen
aussi a ses petits secrets », « et cette fois, c’est Ellen qui disparaîtra ».
On dit parfois que le pire consiste à ne pas savoir. Mais savoir s’avère parfois être pire encore. Surtout quand on sait avoir trahi quelqu’un, savoir en définitive qu’on a tué cette personne… métaphoriquement ou autre.
Bien que le roman souffre de quelques longueurs ou digressions inutiles, B. A. Paris excelle dans l’art de peindre des portraits plus psychologiques que physiques.
Elle sait sonder aussi bien le cœur que l’âme. Elle sait surtout jouer avec nos nerfs jusqu’à la fin.
10 mars 2019
Beryl Young,Un gamin acadien – L’odyssée de Roméo LeBlanc vers Rideau Hall, biographie traduite par Robert Pichette, Moncton, Éditions Bouton d’or Acadie, coll. Étagère Tout-terrain, 2018, 144 pages, 19,95 $.

Quand un gamin
devient vice-roi

À 68 ans, Roméo LeBlanc (1927-2009) devint le 25e Gouverneur général du Canada, le premier et seul Acadien à occuper ce plus haut poste du pays. « L’odyssée de Roméo LeBlanc vers Rideau Hall »
est racontée par Beryl Young dans Un gamin acadien, biographie traduite par Robert Pichette et publiée par les Éditions Bouton
d’or Acadie.
Rien ne prédestinait Roméo LeBlanc, fils
d’un fermier à l’Anse-des-Cormier (N.-B.),
à jouer un rôle de premier plan sur
la scène canadienne. Il fut le premier enfant de la famille à faire son cours secondaire, grâce à l’appui financier de sa sœur Émilie. Son père contribuera
aux frais de scolarité au niveau collégial en « envoyant des œufs et des légumes du jardin » au Collège de Saint-Joseph dirigé par les Pères de Sainte-Croix à Memramcook.
Léonard avait vite reconnu que reconnu que « son frère Roméo était peut-être brillant, mais il serait toujours nul dans une ferme ». Le livre nous apprend que le gamin acadien n’aimait pas le beurre d’arachide et refusait de manger des pois verts. Il dut faire une exception une fois devenu Gouverneur général car la Reine Élisabeth lui en servit, précisant qu’ils venaient des serres de son manoir.
Lorsque Roméo arrive au Collège de Memramcook, il croit connaître le français, mais fait 33 erreurs de syntaxe et de grammaire dans une dissertation. Huit ans plus tard, il reçoit son baccalauréat avec distinction et décroche un prix d’excellence en français.
Tour à tour attaché de presse des premiers ministres Lester B. Pearson et Pierre Elliott Trudeau, ministre des Pêches et Océans, ministre des Travaux publics, sénateur, président du Sénat et Gouverneur général du Canada, Roméo LeBlanc est tours « resté fidèle à ses humbles racines acadiennes ».
À titre de ministre, « c’est lui qui établit les limites de la zone de pêche de deux cents miles marins sur les trois côtes canadiennes. Ces limites sont toujours en vigueur aujourd’hui. » À titre de vice-roi, il crée
le Prix du Gouverneur général pour l’entraide en 1995, lequel devient la Médaille du Souverain pour les bénévoles en 2015.
4 mars 2019
Dalie Giroux, Parler en Amérique. Oralité, colonialisme, territoire, essai, Montréal, Éditions Mémoire d’encrier, 2019, 136 pages, 21,95 $.

Le parler oral, colonial
et territorial en Amérique

Professeure de théorie politique
à l’Université d’Ottawa, Dalie Giroux s’est penchée sur le Parler en Amérique, pour en explorer l’oralité, le colonialisme et le territoire.
« Ce sont les langues du pays, régionales, non écrites, hybridées, dominées, colonisées, mineures, marginales, migrantes, illettrées, enfantines, domestiques. »
On peut inclure dans ces parlures subalternes, mais néanmoins lieux de mémoire et de l’intimité, l’accent beauceron, saguenéen, gaspésien, le joual, le chiac,
le cajun, le créole haïtien, le franglais,
le parler bilingue, le français maghrébin
et africain, pour n’en nommer que quelques-unes.
L’auteure fait remarquer qu’« on ne parle pas exactement la même langue au Brésil qu’au Portugal ; au Mexique, en Colombie
et en Argentine qu’en Espagne ; ou aux États-Unis et au Canada qu’en Grande-Bretagne », voire au Québec qu’en France.
Dans la seule vallée du Saint-Laurent, nous côtoyons non seulement les langues coloniales française et anglaise, mais aussi les langues algonquine, abénaquise, mohawk, wendat, atikamekw, malécite, innue, mi’gmak, sans parler de la langue crie et
de l’inuktitut qui viennent du Nord mais qu’on peut surprendre tous les jours à Montréal et à Ottawa.
Au sujet du français parler en Amérique, Dalie Giroux souligne que « nous parlons une langue qui en cache d’autres qui cache des ponts vers d’autres langages, qui s’inscrit dans un univers souterrain, qui peut permettre de voyager plutôt que de restreindre, d’enfermer, plutôt que de faire paranoïer ».
Le français au Canada repose sur des colonisations superposées et souvent intriquées, à savoir françaises, britanniques, américaines, canadiennes-françaises, canadians, québécoises ou internationales.
Il porte la mémoire du continent et
les traces de l’histoire coloniale.
« Tout en gardant les deux pieds solidement ancrés dans la matière foncièrement hybride de l’expression vernaculaire, continuum vivant auquel nous participons constamment et intensément sans pourtant y prêter attention, cet ouvrage invite au voyage, à l’hospitalité, à la curiosité et à
une pratique de soi qui puissent initier
une machine intime de décolonisation
– un autre métabolisme passé-futur… »
13 février 2019
Sonia Perron, Billydéki, roman, Montréal, Éditions Fides, 2019, 170 pages, 24,95 $.

Vols d’identité
et viols d’enfants

Dans les années 1940, trente-cinq pour cent des enfants décédaient dans les pensionnats pour Autochtones et quarante-cinq
pour cent du personnel n’était pas suffisamment formé pour enseigner. C’est dans ce contexte que Sonia Perron situe son roman Billydéki
qui décrit le calvaire de luxure
que fait subir un prêtre à
des enfants de cinq ou six ans.
L’action se déroule dans un pensionnat du Nord de l’Ontario, mais le lieu précis n’est jamais mentionné, sauf qu’il est situé près
de la baie d’Hudson. Et comme un crucifix est inséré dans le ceinturon de la soutane du père directeur, je devine que ce sont
des Oblats qui dirigent le pensionnat.
Ce n’est pas dit explicitement, mais j’ai
étudié chez cette congrégation à Ottawa.
Les principaux personnages ont tous des surnoms. Le directeur du pensionnat est
le père Aldéric Hébert, un père pervers nommé Celui par qui le mal arrive. Le frère enseignant qui va défroquer est Thomas Larin ou Celui qui est bon. Le nom du jeune métis Billydéki, qui renvoie au film Billy the Kid, est changé à Jean Lacombe et son ami
le Petit est renommé Raymond-Marie Lacharité.
Billydéki doit attendre trois ans avant de revoir sa mère. Lorsqu’il passe quelques semaines avec elle et que le frère Larin va le reprendre, sa mère accuse le religieux de ne pas lui rendre son fils, de lui avoir volé son âme et même son nom. Difficile de
ne pas y voir un écho au mandat de
la Commission de vérité et réconciliation
du Canada.
Le pensionnat pour jeunes autochtones réussit sa mission. Comme « Dieu ne comprend pas la langue indienne, il est impératif de tuer l’Indien dans l’enfant afin que celui-ci puisse intégrer le monde des Blancs. Un monde où on respecte Dieu,
un monde sans luxure, sans péché. » Ironie du sort, ce sont la luxure et le péché de l’impureté auxquels ils sont confrontés.
Certains frères ont les mains longues pour attraper et violer des garçons de six ou
sept ans. Le père Hébert a son manège : bonbons-douceur-incitation-caresses-viol. « Le diable mène le bal. Après, mon corps fait le reste. Je sais que c’est mal, mais c’est plus fort que moi. » L’univers d’Hébert est composé de « ses petits, de ses angelots » qui tombent dans les mains d’un démon, comme lui-même est tombé, enfant, dans
les griffes de son parrain.
Roman psychodramatique, Billydéki est aussi un polar, car une affaire d’agression sexuelle est doublée d’un possible meurtre le 19 juin 1945. Une plainte n’est portée que vingt-cinq ans plus tard; la chasse pour retrouver Billydéki, le Petit et le père Hébert nous amène dès lors aussi bien en Californie qu’en France. C’est la Sûreté du Québec (SQ) qui enquête car la plainte est déposée près de Montréal.
L’enquêteur est un Noir et quand l’auteure décrit sa relation sexuelle avec une employée blanche de la SQ, elle ne dit pas qu’il fait l’amour, mais qu’il « pénètre enfin dans le plaisir » de l’élue de son cœur. Sonia Perron aime s’arrêter à des marques d’attention presque anodines, soulignant ainsi qu’un personnage très secondaire mais très sympathique prépare pour Thomas Larin « des tisanes à la camomille, de la tarte aux pommes et une bouillotte chaude pour la nuit ».
Billydéki est un roman qui décrit une terrible réalité. Le mérite de l’auteure est
de tremper sa plume dans une encre de tendresse et d’affection, faisant ainsi jaillir
la lumière des ténèbres.
3 février 2019
Suzanne Jacob, Feu le soleil, nouvelles, Montréal, Éditions du Boréal, 2019, 128 pages, 18,95 $.

Écrire est une écoute
à jamais inachevée 

Dans le recueil de nouvelles Feu
le soleil
, les personnages de Suzanne Jacob au milieu, juste entre pile
et face, entre recto et verso,
entre l’envers et l’endroit de leur vie. Par le monologue intérieur ou
la conversation vive, ce recueil jette un doute sur la nécessité de survivre comme espèce.
La citation placée en exergue du recueil
est de l’écrivain britannique D.M. Thomas : « Personne n’aurait pu imaginer cette scène, parce qu’elle avait lieu. » Pourtant, l’auteure décrit des scènes qui relèvent plus de l’imaginaire que de la réalité dans les cinq nouvelles de la première partie du livre, dont seulement quatre sont mentionnées dans la table des matières.
Le style de Jacob étonne parfois. Elle écrit, par exemple, « Mais est-ce qu’elle n’en voulait pas un, de garçon ? » Étrange formulation. Ailleurs, on lit « mon sexe
peut et il a plu »; est-ce le participe passé de plaire ou pleuvoir ? Ou les deux… ?
Dans une nouvelle, l’Adagio du Concerto pour hautbois transcrit par Bach peut tour
à tour créer une ambiance, fournir l’atmosphère ou meubler le silence. L’Adagio donne aussi d’emblée « accès au silence non meublé au sein duquel la pensée redevient l’écoute détachée ». Ce qui permet à la nouvelliste de conclure qu’écrire
ne serait « qu’écoute à jamais inachevée ».
L’auteure aime jouer sur les mots et comparer la levée du corps au lever
du rideau. Ou encore se demander si notre langue a voulu « un tel abîme de sens entre abandonner, s’abandonner et être abandonné ».
Suzanne Jacob aime les formulations alambiquées; en voici un exemple :
« La terreur, n’exagérons rien, la frayeur, on exagère encore, disons la peur, non, mettons la crainte ou l’anxiété, on exagère toujours, ce n’est sans doute qu’un vague désarroi,
il n’y a donc pas lieu de faire mieux que
les autres. »
Sur une note insolite, j’ai cru deviner que Suzanne Jacob aime sans doute les mots croisés, car elle « s’installe comme sur
un trône à la tête de cette table ovale
en bois de tek ou de qat ou d’ipé, tous bois exotiques connus des cruciverbistes ».
26 janvier 2019
James Patterson, La 16e séduction, roman traduit de l’anglais par Nicolas Thiberville, Paris, Éditions JC Lattès, 2018, 304 pages, 32,95 $.

Le thrilliste le plus lu
au monde

La 16e séduction de James Patterson
est le 16e épisode du Women’s Murder Club, donc le retour du sergent Lindsay Boxer, de la médecin légiste Claire Washburn,
de la journaliste Cindy Thomas
et de l’avocate Yuki Castellano.
Le quatuor fréquente toujours le restaurant Susie’s pour échanger, autour d’un dîner épicé aux saveurs des îles, sur un ou des meurtres commis à San Francisco.
Lindsay Boxer est à la fois la narratrice et
la principale protagoniste de ce polar. Elle vient d’arrêter un homme qui s’est vanté d’avoir fait exploser un musée de science-fiction et causer la mort de vingt-cinq personnes. Ce prof de physique au secondaire est décrit par les membres du Women’s Murder Club comme « un mystère, un fantôme, une apparition, un fou dangereux ».
Contre toute attente, le prof décide d’assumer sa propre défense lors du procès et réussit à influencer le jury en sa faveur. Il porte ensuite plainte contre le sergent Boxer pour détention arbitraire. « Il n’y a pas de mot pour décrire la haine que m’inspire ce sale type », grogne Boxer, mais elle a d’autres chats à fouetter car un tueur en série attaque ses proies à l’aide d’une seringue de succinylcholine.
« Les flics ont coutume de dire qu’il suffit de connaître le “pourquoi” d’un meurtre pour découvrir son auteur. » Avec James Patterson, le “pourquoi” demeure longtemps un mystère. Il décrit deux enquêtes de front et multiplie les rebondissements hauts en couleurs, dont certains deviennent parfois des longueurs.
L’auteur garde toujours son style coloré, ce qui lui fait dire que deux flics combinés « n’avaient pas le QI d’un seul moustique », que Lindsay Boxer est « ensevelie sous une montagne de merde fumante » et que l’euphorie du tueur en série lui donne
« la sensation de piloter un cerf-volant en plein orage. Non d’être lui-même ce cerf-volant. »
Le titre de chaque épisode de la série Women’s Murder Club porte un chiffre,
de 1 à 16, en commençant par 1er à mourir. Je vous ai déjà parlé de 13e malédiction,
14e péché mortel
et 15e affaire, tous écrits en collaboration avec Maxime Paetro.
Cette fois-ci, Patterson est seul à signer
La 16e séduction.
Habitué des listes de meilleures entes, James Patterson demeure, avec plus de deux cent millions de livres vendus, l’auteur de thrillers le plus lu au monde.
30 décembre 2018
Kettly Mars, L’heure hybride, roman, Montréal, Éditions Mémoire d’encrier,
coll. Legba, 2018, 140 pages, 13,95 $.

Le culte de l’argent
et du sexe

Quand Kettly Mars commence à écrire le roman L’heure hybride,
en 2004, l’acronyme LGBTQ était inconnu en Haïti. « L’homosexualité se vivait dans l’outrance éthylique des trois jours du carnaval, dans
la tolérance des cérémonies vodou et dans les rares cercles très fermés d’une bourgeoisie aisée et intouchable. » Ce qui n’empêche
pas le séduisant narrateur Rico L’Hermitte d’intriguer et d’attirer mâles et femelles.
Ni blanc ni tout à fait noir, les yeux couleur de miel, les cheveux souples, des « attributs physiques providentiels », Rico est une belle gueule ambiguë entre deux classes sociales. À huit ans, il découvre que sexe rime avec plaisir lorsqu’un homme au paternel sourire veut jouir des faveurs de
sa mère et de lui. « Le sexe et le plaisir habitaient mon quotidien au même titre
que le vent, le soleil ou la mer. »
L’amour avec une seule femme, que Rico qualifie d’aseptisé et prévisible, n’est pas pour lui. Encore moins les enfants et
les responsabilités. Ce qui l’excite, ce sont
les promesses de la nuit. C’est à ce moment-là qu’il commence à exister. Sa mère, qu’il idolâtre, a fait de lui « une belle bête d’amour, un vendeur de bonheur ».
Pour Rico L’Hermitte, être beau est un métier qui carbure au sexe et à l’argent.
La politique, la culture des intrigues et la recherche d’opportunités honorent le culte de l’argent et du sexe. On peut pardonner des magouilles et des vices, mais pas
la pauvreté. Sans la renier, il faut savoir l’éviter, ce en quoi Rico est devenu un as.
Il invente sa biographie, crée tellement de personnages qu’il lui arrive de se perdre « dans le labyrinthe des dizaines de Rico L’Hermitte créés de toutes pièces ». Or, un personnage non prévu est l’homo. De prime abord, Rico trouve que l’accouplement de deux virilités demeure grotesque… jusqu’à
ce qu’une baise bisexuelle lui fasse connaître un certain vertige et consacre
sa déviance.
Le plaisir que lui a procuré un inconnu efféminé chez un ami gay l’a mis « nu jusqu’à l’âme, l’a ravagé, le laissant béat comme un ange ». Sa découverte se fait
à 39 ans et 10 mois. Mais on lui donne généralement 35 ans, parfois 30, quand
il est sobre.
Parlant d’âge, l’auteure note que trente ans de dictature en Haïti ont créé un roc de cynisme et de peur chez les citoyens, « pourtant des voix montent de la masse confuse pour refuser l’inacceptable ».
Rico prévoit qu’un long crépuscule s’apprête à tomber sur son pays.
Le roman de Kettly Mars décrit les nombreuses conquêtes féminines de Rico L’Hermitte, ses virées à l’hôtel Ibo Lélé de Port-au-Prince, ses maîtresses plus âgées qui lui assurent une sécurité matérielle (et en qui il voit un peu le portrait de sa mère). L’auteure réussit avec brio à semer un doute, un trouble besoin, celui d’un homme voulant explorer la soumission à un autre homme. « Une interrogation. Et si ?... Mais oui, et si ?!... La vie est belle. »
Le texte est parsemé de mots en créole, parfois avec traduction en bas de page. En voici quelques exemples : akassan (bouillie de maïs), malfini (oiseau de proie), télédiol (bouche-à-oreille), clairin (alcool de canne). Kettly Mars note que parler créole traduit « l’émergence d’une nouvelle façon d’être Haïtien. Un positionnement beaucoup plus près du peuple, pour le peuple, avec le peuple, comme il est de bon ton de dire.
On ne se renie plus. Au contraire. »
Le titre L’heure hybride renvoie au moment où Rico s’apprête à se mettre « sur la selle de la vie active, à l’orée de la nuit ». Des chapitres indiquent tour à tour qu’il est 17 h 35, 18 h 30, 19 h 15, 20 h 30. Plus la pénombre s’installe, plus l’heure de toutes les possibilités approche.
19 décembre 2018
Mario Cyr, Planètes, nouvelles, Montréal, Annika Parance Éditeur, coll. Sauvage, 2018, 96 pages,

Textes épurés et éthérés

Voici un tout petit ouvrage de poche qui va vous surprendre : Planètes
de Mario Cyr. Vous devez vous attendre à des textes épurés, voire éthérés. Il s’agit d’un recueil de
ce qui me semble être des nouvelles ou parfois de très courts portraits.
Le nom d’une personne n’est jamais mentionné dans ces quelque 35 textes.
Il est question de Tu, Il ou Elle. Tout est
dit en quelques lignes – de 3 à 15 –
ou quelques fois en deux ou trois pages. Chaque paragraphe est une seule phrase, même si cela s’étend sur une page et demie.
Voici un exemple d’un texte complet :
« Elle est si blême, diaphane, et cette chambre est si fade, si délavée que la couleur qui tombe de ton pinceau crépite, c’est de la foudre liquide, du bonbon à la cannelle, un pétard de carnaval, un grelot,
tu souffles sur ses ongles, ranges ton attirail, la lime, le flacon, elle admire le résultat, coquette, et les infirmières approuvent. »
Cela vous donne une idée du fin ciseleur
de mots qu’est Mario Cyr. Quant à l’éditeur Annika Parance, il fait preuve d’originalité en plaçant le nom et le logo de la collection
en page couverture (rien d’autre); le titre
et le nom de l’auteur figurent au verso !
13 décembre 2018
Andrew David Irvine avec la collaboration d’Edmond Rivère et Stephanie Tolman,
Les prix littéraires du Gouverneur général du Canada, une bibliographie, Ottawa,
Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2018, 430 pages, 79,95 $.

Prix littéraires du Gouverneur général,
de
A à Z

Les écrivains canadiens sont « encensés » sur la scène nationale depuis 1936, année de la première remise des Prix littéraires du Gouverneur général. Le professeur Andrew David Irvine, de l’Université de la Colombie-Britannique,
a compilé toutes les œuvres primées entre 1936 et 2017 dans Les prix littéraires du Gouverneur général
du Canada, une bibliographie
.
Cet ouvrage de plus de 400 pages est
la première recension complète et exacte des 705 titres primés depuis plus de 80 ans. Ce qui m’a le plus étonné, c’est que des titres de langue française n’ont pas été récompensés avant 1959, soit vingt-trois ans après la création des prix par le gouverneur général John Buchan, président d’honneur de la Canadian Authors Association (CAA).
Ces prix sont une initiative de la CAA et comme le Québec avait déjà le Prix David (1923), beaucoup plus important, les écrivains francophones ne s’y sont pas intéressés avant que le Conseil des Arts
du Canada en prenne la direction en 1959.
La bibliographie d’Andrew David Irvine réserve une autre surprise, à savoir que,
du côté francophone, les prix dans les catégories Poésie ou Théâtre n’ont pas été remis à plusieurs reprises : dès la première année dans les deux catégories), puis de 1960 à 1980 dans l’une ou l’autre de ces catégories. C’est souvent le cas aussi en Theatre du côté anglophone.
Les prix ont souvent été refusés. Dès 1968, Leonard Cohen préfère donner les 2 500 $ à un organisme séparatiste. Fernand Ouellette (1970) « ne peut accepter un honneur offert par le chef de gouvernement qui a proclamé la Loi sur les mesures de guerre »; Roland Giguère (1973) refuse parce qu’il y voyait un symbole de monarchie, et Michel Garneau (1977) parce qu’il se définit « comme écrivain québécois et non canadien ».
Au début, les lauréats reçoivent une médaille; une somme de 1 000 $ s’y ajoute de 1959 à 1964, puis elle passe graduellement à 2 500 $ (1965), 5 000 $ (1975), 10 000 $ (1988), 15 000 $ (2000)
et 25 000 $ depuis 2007. Les éditeurs des titres primés reçoivent 3 000 $ depuis 2001.
J’ai évidemment fouillé pour trouver tous
les auteurs francophones de l’Ontario, qui ont reçu le Prix littéraire du Gouverneur général. J’en ai recensé une bonne dizaine. Le plus primé est Jean Marc Dalpé, d’abord dans la catégorie Théâtre (Le chien, 1988;
Il n’y a que l’amour…, 1999), puis dans la catégorie Roman et nouvelles (Un vent
se lève qui éparpille
, 2000). Il est suivi
de Daniel Poliquin en Traduction (2014
et 2017).
Certains récipiendaires sont nés au Québec mais enseignaient dans une université ontarienne au moment de l’attribution du prix : Gérard Bessette est le premier, avec
les romans L’incubation (1965) et Le cycle (1971). Cécile Cloutier l’a reçu en Poésie
avec L’écouté (1986).
Chez les Franco-Ontariens nés dans
la province, on se souvient facilement du dramaturge Michel Ouellette (French Town, 1994) et du poète Robert Dickson (Humains paysages en temps de paix relative, 2002).
Les Études et essais attirent moins l’attention, mais on y on retrouve quatre
des nôtres : Patricia Smart (Écrire dans
la maison du père
…, 1988), François Paré
(Les littératures de l’exiguïté, 1993), Michel Bock (Quand la nation débordait les frontières…, 2005) et Nicole V. Champeau (Pointe Maligne L’infiniment oubliée…, 2009).
La bibliographie d’Andrew David Irvine donne aussi la composition de tous les jurys depuis 1936, ainsi que la liste de tous les finalistes, francophones et anglophones,
à partir de 2002. Il y a un index des noms et des titres. En raison de l’exactitude
des données, cet ouvrage constitue une première dans le monde de l’édition et,
de ce fait, demeure une référence incontournable.
9 décembre 2018
Jean-Alphonse Richard, La Disparue d’Altamont, roman, Paris, Éditions de
La Martinière, 2018, 240 pages, 32,95 $.

Rolling Stones
et Hell’s Angels
dans un polar français

Après Woodstock sur la côte est, Altamont sur la côte ouest.
Le 6 décembre 1969, les Rolling Stones tiennent un concert sur
le circuit de stock-car d’Altamont,
en Californie. Les Hell’s Angels ont pour tâche de contrôler l’accès à
la scène, ce qui donne lieu à des actes de violence, à quatre morts…
et au roman La Disparue d’Altamont, de Jean-Alphonse Richard.
Le circuit stock-car d’Altamont est à deux heures de Los Angeles. En 1969, les Hell’s Angels de la Californie sont les anges-gardiens du rock’n’roll et les amis des stars. Cette « glorieuse épopée faite de bruits
de moteurs et de filles superbes dans une Amérique peuplée de motels et de stations-service » est la toile de fond du premier roman de cet auteur français.
Tout commence par la découverte du cadavre d’un biker de 67 ans dans le no man’s land de Buena Park, juste au sud
de Los Angeles. Cette mort, même brutale, n’aurait pas fait trois lignes dans les journaux si une photo vieille de cinquante ans (1969) n’eût été trouvée cachée dans
un placard.
L’identification des trois personnes sur
la photo donne lieu à autant de sous-intrigues et de chassés-croisés qui nous font nager dans « les morsures du mensonge et les affres de la culpabilité ». Au cœur de ce thriller figure une jeune femme qui a mystérieusement disparu
après le festival d’Altamont, et qui a « déclenché cette sanglante épopée »
que Jean-Alphonse Richard décrit tortueusement.
L’enquêteur Don Martin est chargé de faire la lumière sur la mort du biker et ne tarde pas à remonter la filière jusqu’à 1969, soit cinquante ans plus tôt. Il est le genre à se réfugier dans le travail, « cocon protecteur qui permet d’oublier les obligations et
les devoirs » familiaux. L’auteur entremêle la vie privée de l’inspecteur et l’intrigue policière, ce qui lui permet de raconter
une romance déréglée, « une suite d’espoirs déçus et de rancunes amères ».
C’est après avoir dévoré coup sur coup
des romans policiers danois, suédois, islandais et irlandais que j’ai lu ce polar français. Il se situe aussi en bas de la liste, côté style. Jean-Alphonse Richard parle aisément de visages amochés, de trognes querelleuses et de gros bras tatoués, mais réussit maladroitement à créer un véritable suspense. Même quand le rythme finit
par s’accélérer, on a tendance à lire en diagonale, voire à sauter des paragraphes ennuyeux. Pas très réussi.
6 décembre 2018
Olivia Kiernan, Irrespirable, roman traduit de l’anglais (Irlande) par François Thomazeau, Paris, Éditions Hugo & Cie, 2018, 368 pages, 29,95 $.

Le Dark Web
dans un polar irlandais

« Savoir qu’un assassin est en liberté, voilà la seule chose qui rend la vie irrespirable. » Voilà aussi
les dernières lignes du roman Irrespirable d’Olivia Kiernan.
Cet assassin est un serial killer dans les environs de Dublin en 2011.
La commissaire Frankie Sheehan
se voit confier l’enquête, elle est aussi la narratrice de ce polar.
Les mots « crime, meurtre, homicide, pendaison » reviennent sans cesse.
La première victime est une scientifique respectée, puis son mari, ensuite sa maîtresse. Le fil conducteur tourne autour du BDSM, du Dark Web, de la torture et de l’horreur des images. « C’est assez dingue pour être vrai. »
Parallèlement à cette enquête, ou en parenthèse, on suit une autre affaire où
la commissaire Sheehan a été attaquée au couteau. Évidemment, les lignes parallèles finiront par se croiser… Entretemps, on voit comment « la manipulation affective peut être une arme redoutable » et comment
on peut être coincé au fond d’un trou noir « sans la moindre lueur fugace » pour indiquer une possible sortie.
La résidence du couple assassiné à quelques mois d’intervalle est évidemment scrutée à la loupe. La commissaire ressent une impression trouble, comme si personne n’y a vécu. Tout semble avoir été éviscéré, énucléé, purgé. « Rien de notable ne transpire des briques et du mortier, sinon un sentiment diffus de tristesse. »
L’enquête se déroule dans les années 2010. Les pistes à explorer incluent les courriels envoyés ou reçus et la géolocalisation
d’un portable, bien entendu, mais aussi
« la manipulation faite femme ».
Le style d’Olivia Kiernan est direct et souvent coloré. Elle écrit, par exemple,
« que nous sommes si près du but que je peux sentir la raie du cul de cet enfoiré ». Elle truffe son récit de petits commentaires tels que « On ne reste pas mariée plus de trente ans en disant la vérité… » Et lorsqu’un collègue dit que seul le pape ment mieux que lui, la commissaire lui répond :
« Le pape ment mieux que tout le monde. Tu as vu Dieu récemment ? »
Ecrit en anglais d’Irlande, Irrespirable prend pour acquis que le lecteur connaît la géographie de Dublin, que Whitehall est une banlieue nord de la ville et que la fleuve Liffey traverse Dublin d’ouest en est. Quelques touches de dépaysement ajoutent du charme à ce premier polar irlandais qu’il m’a été donné de recenser.
2 décembre 2018
Neil MacGregor, Une histoire du monde
en 100 objets
, album traduit de l’anglais
par Pascale Haas, Paris, Les Belles Lettres, 2018, 806 pages, 44,95 $.

100 objets de sens
et d’identité

Directeur du British Museum
depuis 2002, l’historien Neil MacGregor nous propose un survol des civilisations passées en explorant les plus anciens comme les plus récents objets produits par la main de l’homme. Sa volumineuse Histoire du monde en 100 objets (800 pages) est devenue un best-seller mondial.
Façonnés au cours de deux millions d’années, ces objets se trouvent tous au British Museum de Londres. « La vie humaine a commencé en Afrique (et)
à partir d’il y a environ 40 000 ans,
les humains ont créé le premier art représentationnel du monde. »
Au même moment, la dernière période glaciaire a provoqué une baisse du niveau des océans et « a fait apparaître un pont de terre entre la Sibérie et l’Alaska par lequel des humains ont pu pour la première fois atteindre les Amériques et se propager rapidement sur l’ensemble du continent ».
Le premier objet est un hachoir trouvé dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie. Les pierres de cette roche datent de -2 millions à -1,9 million d’années; elles ont été transformées en outils de boucherie pour dépecer la chair et désosser les carcasses d’animaux.
Toujours au même endroit, mais entre -1,4 et -1,2 million d’années, apparaît un biface (aussi appelé hache) sans manche ou lame en acier. Il s’agit d’un morceau de roche volcanique qui a été taillée de façon à obtenir des bords tranchants.
Neil MacGregor écrit que « si on peut tailler une pierre, on peut former une phrase (…), on a dès lors pu se parler et imaginer quelque chose qui n’était pas présent là devant nos yeux ».
Partout, l’homme-fabricant d’outils devient un homme-artiste. La première œuvre d’art remonte à 11 000 av. J.-C. Il s’agit d’une sculpture taillée dans une défense de mammouth, trouvée à Montastruc (France) et représentant deux rennes nageurs. Cette pièce de 13 000 ans mesure 20 cm de long,
Exactement à la même période, une pointe de lance en pierre est fabriquée par
le peuple de Clovis, du nom de la petite ville de l’État du Nouveau-Mexique où
on découvrit ces pointes de lance en 1936, confirmant que le « peuple de Clovis » forme les premiers Américains.
Les premières cités et premier États remontent à environ 5 000 ans. La plus ancienne tablette d’écriture connue date de 3100 à 3000 av. J.-C. Elle fut trouvée dans le sud de l’Irak actuel et « n’est en aucun cas de la grande littérature; cette tablette
en argile parle de bière » et de comptabilité.
C’est avec la tablette du Déluge, datant de 700 à 600 av. J.-C. et trouvée près de Mossoul (nord de l’Irak), que l’écriture passe « d’un moyen de consigner des faits à un moyen d’explorer des idées ». Cette tablette fait partie de L’Épopée de Gilgamesh et « nous permet pas seulement d’explorer nos pensées, mais d’entrer dans les mondes que pensent d’autres que nous ».
Côté monnaie, la pièce en or de Crésus, frappée en Turquie, date de c. 550 av. J.-C. et le billet de banque Ming (Chine) remonte à 1375-1425. Quant à la carte de crédit, elle fait son apparition en 1950 avec Diners Club, mais c’est en 1958 qu’une carte émise par une banque et acceptée par un grand nombre de commerces fait son apparition avec BankAmericard, ancêtre de la carte Visa.
Ce ne sont là que quelques exemples d’objets qui font de notre histoire un kaléidoscope, changeant dans le temps
et dans l’espace. Les objets représentent
tour à tour des symboles de prestige,
une rencontre des dieux, des secrets de cour, la route de la soie ou la production
de masse, entre autres.
Ces objets conditionnent notre contemporain. Les musées deviennent dès lors « une arène où l’on débat du sens et de l’identité sur une échelle globale, et où on les conteste, parfois avec acrimonie ».
15 mai 2019
Collectif, Poèmes de la résistance,
sous la dir. d'Andrée Lacelle, Sudbury, Éditions Prise
de parole, 2019, 110 pages,
12 $.

Quand la poésie devient maîtresse des lieux

Trente-sept poètes unissent leurs voix dans Poèmes de la résistance pour dénoncer « les coupes cinglantes du gouvernement Ford
et son indifférence inqualifiable face à la réalité franco-ontarienne ».
Ils et elles ont répondu à l’appel d’Andrée Lacelle, jusqu’à tout récemment poète lauréate de
la Ville d’Ottawa.
Dans l’introduction intitulée Dire la lumière de notre colère, Andrée Lacelle écrit que « le poème, c’est l’acte d’être au monde à part entière, au plus intime de notre vie comme au sein de notre collectivité ». Puis elle ajoute que « toute poésie est résistance et maîtresse des lieux, car elle occupe
la langue et le langage. (…) Lucide, le poème cherche à dire l’histoire de nos histoires. »
Jean Marc Dalpé ouvre la marche de cette résistance dans la première partie du recueil intitulée Cohésion en rappelant que c’est loin d’être la première fois : déportation des Acadiens, soulèvement
des Métis, crise scolaire de Sturgeon Falls, SOS Montfort. « Mais nous sommes
toujours là / Aux aguets et en beau joualvère / Le Verbe effilé et l’œil vif ».
Un jeune poète, François Baril Pelletier, enchaîne pour dire que nous sommes 600 000 en marche et non en agonie ou en effritement. « Nous résistons en corps / ni la tempête ni le tremblement ne nous effraient (…) / Nous sommes levés vivants ».
Dans la deuxième partie, Sentiment,
Blaise Ndala n’appelle à son secours « ni Champlain ni le champagne / ni la Vierge ni le Viagra / ma fierté est une sainte putain / qui sucera jusqu’à plus soif /
le fleuve boueux de ton mépris ».
La section suivante, Matériaux, donne
la parole à Éric Charlebois, entre autres, qui devient le président du Regroupement des électriciens poètes de l’Ontario francophone et francophile, le REPOFF. « Je suis l’ohm
de la situation / l’ohmbudsman / de la résistance électrique / et du bilinguisme
en conduction ».
Sylvie Bérard souligne que les parcours
de notre langue sont multiples de la 401 à la 117 à la 108. « Entre Belleville et Sault-Sainte-Marie / entre Rivière-des-Français et Chenail Écarté / Les lieux-dits espoirs zigzaguent entre les / défenses quand ils essaient de parler / des sens tenaces /
Je ne réside pas dans le passé mais dans l’espace ».
Pierre Raphaël Pelletier ouvre la section Tenir tête, ouvre les voies d’un impérissable avenir, même au milieu des aliénations perpétrées par les autorités au pouvoir : « Nous nous insurgeons / Nous crions notre colère incendiaire / Nous refusons
de nous soumettre / à ces tyrans qui veulent à la fois / posséder la planète /
et assassiner nos libertés ».
Pour Hédi Bouraoui, ce n’est pas Que la lumière soit, mais que la résistance soit !
Il faut à tout prix « Résister au Bull-Ford nous privant de notre langue / Et l’envoyer paître dans les orties des harangues ! »
La dernière section, Temps, permet notamment à David Ménard de parsemer son poème de jalons historiques et de clamer haut et fort une suite qui se laissait déjà présager : « vaincre un petit petit homme qui se prend pour un roi… / monnaie courante pour nous, habitants blancs, verts / et de toutes les couleurs ».
Le mot de la fin revient à Andrée Lacelle qui rappelle que la langue est une vigie, une bouée, une boussole, que la poésie s’évertue non seulement à rayonner mais
à nous rassembler : « Déjouons novembre noir / Place à la lumière / Vive ».
Le collectif de Poèmes de la résistance comprend Angèle Bassolé, Sylvie Bérard, Jean Boisjoli, Hédi Bouraoui, Frédérique Champagne, Nicole V. Champeau, André Charlebois, Éric Charlebois, Tina Charlebois, Margaret Michèle Cook, Antoine Côté Legault, Sonia-Sophie Courdeau, Jean Marc Dalpé, Thierry Dimanche, Daniel Groleau Landry, Brigitte Haentjens, Andrée Lacelle, Gilles Lacombe, Chloé LaDuchesse, Clara Lagacé, Gilles Latour, Louis Patrick Leroux, David Ménard, Blaise Ndala, Gabriel Osson, Michel Ouellette, Catherine Parayre, François B. Pelletier, Pierre Raphaël Pelletier, Stefan Psenak, Pierrot Ross-Tremblay, Paul Ruban, Paul Savoie, Elsie Suréna, Véronique Sylvain, Michel Thérien et Lélia Young.
J’espère que ce recueil sera admissible au Prix littéraire Trillium même si certains collaborateurs résident au Québec. Il mérite aussi le Prix du Gouverneur général.
11 mai 2019
Denis Robitaille, Jeune femme aux cheveux dénoués, roman, Montréal, Éditions Fides, 2019, 408 pages, 23,99 $.

Roman sur la puissance créatrice du regard

Le titre du roman historico-psycho-artistique Jeune femme aux cheveux dénoués, de Denis Robitaille, réfère
à un portrait exécuté durant l’occupation allemande à Paris.
Le tableau qui aurait pu être
un Cézanne demeure fictif, mais permet à l’auteur de démontrer comment l’art peut jouer un rôle de premier plan dans la vie des gens.
L’histoire nous fait osciller entre la Seconde Guerre mondiale et le Montréal de 1979
à l’époque où Joe Clark et René Lévesque
sont premier ministre. Diverses intrigues
et divers personnages s’entrecroisent sur
un fond d’enquête sur les traces des œuvres d’art spoliées par les nazis.
À travers l’histoire du courtier Jean Meunier, de la galériste Anne Vaudreuil, de la jeune Laurette Garbowski aux cheveux dénoués et de la journaliste américaine Gisel Lewis, le romancier nous plonge dans la puissance de l’art. Avec le personnage Jean Meunier, par exemple, Robitaille illustre comment
on peut « percer l’intention d’une image
et ses moindres secrets » sans pour autant voir au-delà de la surface dès lors qu’il s’agit d’êtres vivants.
Anne Vaudreuil recherche un art frondeur qui l’oblige à revoir le rapport au monde et qui dénonce l’affaissement de la conscience. Pour elle, l’art consiste à « voir le monde autrement ». Quant à Jean Meunier, un tableau exerce une opération de sauvetage, « cependant, entre chacun d’eux et moi,
je ne saurais dire qui se porte au secours de l’autre ».
Peindre un tableau ne consiste pas seulement à raconter une histoire,
mais surtout à puiser ce qu’on a en soi,
à exprimer l’ardeur qui bouillonne en soi sans parvenir à la saisir complètement. Ainsi, « tout en reproduisant un paysage, Cézanne peignait à travers lui son univers intime ». Il n’y a que l’imagination
d’un artiste pour déloger ce qu’il y a
de plus enfoui chez un être humain.
Anne Vaudreuil recherche un art frondeur qui l’oblige à revoir le rapport au monde et qui dénonce l’affaissement de la conscience. L’art consiste à « voir le monde autre-ment ». Pour Jean Meunier, un tableau exerce une opération de sauvetage, « cependant, entre chacun d’eux et moi,
je ne saurais dire qui se porte au secours de l’autre ».
Peindre un tableau ne consiste pas seulement à raconter une histoire,
mais surtout à puiser ce qu’on a en soi,
à exprimer l’ardeur qui bouillonne en soi sans parvenir à la saisir complètement. Ainsi, « tout en reproduisant un paysage, Cézanne peignait à travers lui son univers intime ». Il n’y a que l’imagination d’un artiste pour déloger ce qu’il y a de plus enfoui chez un être humain.
Le style de Denis Robitaille est finement ciselé, surtout lorsqu’il décrit la physio-nomie d’un personnage : « cheveux gris bien coiffés, lèvres minces, visage rasé de près, rides estompées avec soin » ou encore « sautoir de perles sur une robe couleur rubis, maquillage soigné, exerçant l’art
de la conversation comme une épouse de diplomate ».
Il déniche des comparaisons très imagées, dont voici un bel exemple : « un tissu sur les reins comme une rivière, ses courbes nues comme des dunes ». Pour décrire comment Jean Meunier est particulièrement efficace dans l’ombre, Robitaille écrit : « Même seul dans une pièce, il passe inaperçu. »
L’éditeur a raison de dire que l’auteur nous livre ici un roman sur la puissance créatrice du regard.
3 mai 2019
Sylvain Rivière, Les animots de A à Z, album illustré par Jocelyne Bouchard, Tracadie-Sheila, Éditions La Grande Marée, 2019, 56 pages, 18,95 $.

Abécédaire
mi-réaliste mi-fantaisiste

De A comme dans alpaga jusqu’à
Z comme dans zèbre, le poète Sylvain Rivière propose aux
jeunes d’apprendre l’alphabet avec les « animots ». Son abécédaire s’intitule tout simplement
Les animots de A à Z et il est magnifiquement illustré par
Jocelyne Bouchard.
Quand un présente un animal pour chaque lettre de l’alphabet, on n’est pas surpris de trouver le zèbre et le wapiti ou le jaguar et le koala. Pour la lettre Q il a fallu trouver un oiseau, le quetzal. Chacune des 26 illustrations de Jocelyne Bouchard couvrent une page et demie et se logent à l’enseigne du réalisme teinté d’une touche coquine.
Cet abécédaire présente des textes poétiques, souvent de lecture assez facile, parfois parsemés de mots plus rares. Le poème sur la girafe commence ainsi : « Pour la prendre par le cou / Il faudrait être un hibou / Tant elle est géante et fière / Galopant à sa manière ». La rime ne se veut pas toujours riche (comme on nous l’apprenait en classe), mais plutôt entraînante. Ainsi, au sujet du koala, on peut lire « On dirait un ours en peluche / Tellement il est mignon # Avec ses grands yeux tout ronds / C’est sûrement le plus illustre ».
En faisant la lecture à son enfant, le parent devra expliquer certains mots : amphibien, cétacé, didactyle, feuillu, herbivore, mammifère, pécari, steppe, zigoto. La verve poétique de Sylvain Rivière se mêle allègrement à une soif d’information comme ancien journaliste. Cela donne lieu à des textes mi réalistes mi fantaisistes.
Poète, dramaturge, parolier, romancier et essayiste, l’auteur est avant tout un grand virtuose de la langue et s’intéresse tout spécialement aux parlers régionaux. Il a publié de nombreux ouvrages, dont le roman La Belle Embarquée, qui a reçu le prix France-Acadie en 1994 et a été traduit en roumain. La Sirène des Îles de la Madeleine est son premier conte s’adressant aux jeunes lecteurs.
20 avril 2019
Webster et Valmo, Le Grain de sable. Olivier Le Jeune, premier esclave au Canada, album, Québec, Éditions du Septentrion, 80 pages, 19,95 $.

Album historico-poétique

Le premier esclave noir au Canada, et peut-être même en Amérique,
est arrivé en 1629 à Québec,
capitale de la Nouvelle-France.
Afin de souligner le 390e anniversaire de ce fait peu connu, les artistes Webster et Valmo unissent leurs talents pour produire l’album Le Grain de sable. Olivier
Le Jeune, premier esclave au Canada
.
Un jeune Noir capturé au Madagascar arrive avec les Frères Kirke lors de la prise de Québec en 1629.
Il est vendu pour 50 écus à Olivier
Le Baillif, un commis français au service des Anglais, dont David Kirke.
En 1932, ce commis fait don du jeune esclave à Guillaume Couillard, premier colon de la ville de Québec.
Le jésuite Paul Le Jeune lui enseigne
le catéchisme et le baptiste Olivier Le Jeune en 1633.
Ce premier esclave meurt à Québec en 1654, à environ 32 ans.
C’est a à près tout ce que nous savons d’Olivier Le Jeune. Il n’en faut pas plus pour inspirer l’auteur Webster (Aly Ndiaye de son vrai nom) est l’illustratrice Valmo (Valérie Morency de son vrai nom) à produire Le Grain de sable, un magnifique album historico-poétique.
Dès la première page, on voit la plage malgache se transformer en plaine de neige. Webster et Valmo excelle dans l’art de montrer comment « tout est vécu par
la bonté de l’âme à 6 ou 7 ans ».
Cet album est un outil de sensibilisation
et d’initiation à la première page d’esclavagisme au Canada. Destiné à
un jeune public, il intéressera aussi
les adultes qui découvriront un passé
plus multiculturel que ce qu’ils ont pu apprendre dans leurs livres d’histoire.
Le Grain de sable ne propose rien de moins qu’une relecture plus inclusive de notre passé.
13 avril 2019
Michel Jetté, La ruelle en arrière
d’la maison
, carnet, Montréal,
Éditions Fides, 2019, 296 pages, 26,95 $.

Nostalgie tricottée serrée

Dans un quartier ouvrier
d’une petite ville sans nom,
un garçon de « pas encore sept ans » raconte une époque que
les plus vieux pourraient se remémorer avec gaieté ou nostalgie et les plus jeunes avec étonnement, voire incrédulité. « Théâtre d’un jeu dramatique, dont nous étions à la fois acteurs et spectateurs, la ruelle en arrière d’la maison était notre scène, notre plateau. » D’où le titre du carnet de Michel Jetté : La ruelle en arrière d’la maison.
Nous sommes au milieu du siècle dernier où l’arrivée du gros réfrigérateur Westinghouse met bien involontairement
à la retraite le livreur de glace, qui « faisait office de rapporteur officiel pour maman (…) enclavée entre les enfants et la cuisine, le reprisage et les devoirs ».
La grande roue du progrès s’oppose, ici,
à la nostalgie d’une époque révolue où
la radio Admiral AM bleu pâle régulait
le rythme de la maisonnée avec « ses bulletins de nouvelles, ses radioromans,
le signal horaire de l’Observatoire national à midi et son opéra du Met le samedi après-midi ».
La télévision arrive avec la face du Sauvage et les oreilles de lapin qu’il faut rediriger pour « arrêter l’image de s’étirer,
de s’amincir, de bâiller, de tourner,
de diagonaliser, de sauter, de pâlir,
de foncer, de neiger ».
Tel que mentionné plus haut, le narrateur est un petit garçon de pas encore sept ans, qui est « différent des autres », sans plus de précisions; chose certaine, il est sensible et rusé. « Je prenais l’argent à déposer
dans mon compte de caisse scolaire et j’achetais des Chinois en donnant les sous
à la Sainte-Enfance à la place. »
Il nous conduit au dépanneur du coin,
ce qui ramène les Life Savers, les boîtes
de Cracker Jack, les bonbons à la cenne,
les Popsicles, les Revello, les briques de « crème à glace » trois couleurs, la bière d’épinettes, l’orange Crush, les machines à gomme et à pinottes. L’Almanach du peuple y trône près des cigarettes et du tabac
à pipe.
Le magasin agit aussi comme un confessionnal « où s’échangeaient, outre
les dollars et les pièces, les racontars et
les secrets jusque-là bien gardés. On aurait pu y remplir de gros sacs de papier brun de médisances et de calomnies, à la seule écoute de certaines langues bien pendues. »
Le style de Michel Jetté est coloré ou imagé. Ainsi, quand un des hommes réunis autour d’une tasse de thé bien tassé lève la voix, on peut « entendre tonner la chute du Diable ». Un autre a « des mains larges et épaisses comme des pelles à gravois de couvreurs ». Et pour un enfant qui essaie de fumer un cigare, cela lui fait « tourner la tête comme ces chevaux des fêtes foraines ».
En passant, le cigare est un White Owl, exactement celui-là que mon grand-père Parent fumait en 1955 et qu’il demandait sous le nom de Chouette blanche… à Windsor (Ontario). Beau souvenir!
30 mars 2019
François Barcelo, Napoléon Ratté, président malgré lui, roman illustré par Jean Morin, Saint-Lambert, Soulières Éditeur, coll. Chat de gouttière no 68, 104 pages, 11,95 $.

Quand mouche rime
avec tabarnouche !

Depuis trente ans, François Barcelo n’écrit que des livres. Il vient
de publier le 70e qui s’intitule Napoléon Ratté, président malgré lui. L’action de ce roman pour les 9 ans et plus se déroule dans la classe de Josiane Labonté, qui doit se choisir un président. Au masculin parce que les deux candidats sont
des garçons.
Le titre laisse évidemment entendre que Napoléon Ratté va gagner. Son opposant
est Donald Roy. Il y a donc campagne électorale, affiches et discours. L’auteur parsème son récit de notes sur la différence entre monarchie (roi sonne comme Roy)
et démocratie (Napoléon n’était pas un démocrate). Ces notes deviennent parfois des digressions qui ne visent qu’à remplir des pages.
L’intrigue demeure assez mince, alors l’auteur ajoute des situations qui lui permettent de faire connaître une expression comme « devoir une fière chandelle », même si Napoléon « ne voit pas trop ce que la chandelle vient faire là-dedans et encore moins de quelle manière une chandelle peut être fière ». Barcelo aurait pu glisser qu’il s'agit d’une référence aux cierges que l’on allume dans les églises en témoignage de gratitude lorsqu’un de nos vœux a été exaucé.
Une élève chante dans une chorale et fait du taekwondo, une autre pratique la nage synchronique et un troisième suit des cours de ukulélé (aucune idée de quoi il s’agit, mais ce roman n’a pas été écrit pour
un vieux croulant comme moi).
Le titre de mon article fait référence à une mouche qui se promène au plafond et attire l’attention de Napoléon. Quand l’institutrice Josiane lui demande s’il est dans la lune,
il répond « Non, je suis dans le plafond. » Une tabarnouche de bonne réponse!
Je ne peux pas dire que cette histoire publiée dans la collection Chat de Gouttière de Soulières Éditeur m’ait plu énormément. Deux étoiles sur cinq. François Barcelo a cherché à démontrer que tout est difficile, mais rien n’est impossible, quand on s’appelle Napoléon Ratté. Il avait mieux réussi lors du deuxième épisode, Napoléon Ratté et le conquérant du mont Chapeau.
24 mars 2019
Marielle Giguère, Deux semaines encore, roman, Longueuil, L’instant même, 2019,
150 pages, 19,95 $.

Fiction plus douce
que la plate réalité

Marielle Giguère signe un premier roman intitulé Deux semaines encore où elle décrit une famille assez dysfonctionnelle, merci.
Elle excelle dans l’art d’illustrer comment la fiction convient souvent mieux aux gens que la plate réalité.
Arnaud, dans la jeune vingtaine, est
le narrateur du roman. Il interagit avec
son frère Henri, son père et sa mère, ses blondes, son grand-père mais pas sa grand-mère puisqu’elle est partie en Grèce et envoie vingt-six fois une carte à son mari pour dire « Deux semaines encore.
Je t’aime. » Arnaud et Henri prennent grand-père sous leur aile. « La vie peut être triste et belle à la fois. Où l’homme peut être largué et aimé dans le même mouvement. »
Comme l’auteure enseigne la littérature
et le théâtre, son ouvrage jongle avec
de courts passages dramatiques et de long passages romanesques. Chaque chapitre commence comme une pièce de théâtre : description du décor, côté cour côté jardin, didascalies. Et les dialogues dans la partie romanesque sont présentés comme dans une pièce. Assez original.
Dès l’âge de cinq ans, Arnaud a compris qu’une phrase qui commence par Va…,
c’est nécessairement une phrase violente, comme dans « Va chier. Va donc te jeter
en bas du pont ou Va te faire fourrer, esti de salope. »
Henri est danseur nu depuis qu’il a 18 ans, « officiellement depuis qu’il en a seize-ish ». Parallèlement, il termine une maîtrise en philosophie. C’est un danseur nu lettré. »
Quant à Gaëlle, petite amie d’Arnaud, « elle emprunte des vies qu’elle fait siennes pour un temps. Puis elle disparaît. » Des pages crues décrivent leurs ébats. Tout y passe : mamelons, fesses, cul, couilles, queue, vagin, clitoris, anus, sperme, esti que c’est divin!
Les parents s’accrochent aux p’tits bonheurs du passé. Le présent n’a aucune chance avec eux. La mère vit à côté d’elle-même parce que « le réel ne fait pas son affaire quand il refuse de coller à la fiction ».
Le roman est parsemé de petites 
réflexions sur la vie qui est « une lente accoutumance à la déception… On tire
le meilleur de ça. »
9 mars 2019
Kath Stathers, Grandeur nature, 1000 voyages au cœur du monde sauvage, album traduit de l’anglais par Laurent Barucq, Montréal, Éditions Hurtubise, 2019,
416 pages, 450 photos, 29,95 $.

1000 voyages au cœur
du monde sauvage 

Si vous êtes à la recherche d’aventures hors de l’ordinaire, l’album Grandeur Nature vous donnera l’embarras du choix.
De la Grande Barrière de corail australienne au majestueux fleuve Yang-Tsé, en passant par la forêt du Costa Rica et la steppe eurasienne, ce livre est un hommage à
la fantastique biodiversité du monde dans lequel nous vivons.
Le Canada compte trente coups de cœur dans cet album de Kath Stathers qui propose « 1000 voyages au cœur du monde sauvage ». À Narcisse (Manitoba), par exemple, toutes les couleuvres rayées émergent de leur abri au printemps et,
« de façon alarmante, chaque femelle peut se faire féconder par cent mâles ».
Le panda est le symbole de la conservation des espèces en danger. Dans la province
de Sichuan, en Chine, un panda peut manger jusqu’à trente kilos de bambou
par jour, mais ne digère que dix-sept pour cent de ce qu’il consomme. Cela explique pourquoi il passe treize heures par jour
à manger. 
Dans le Parc national des Virunga en République démocratique du Congo, vous pouvez admirer l’okapi qui a une tête de girafe et des pattes de zèbre! En Bolivie,
à la Réserve nationale Ulla Ulla, vous pouvez rencontrer la vigogne, un lointain ancêtre de l’alpaga. Sa laine est incroyable-ment fine et se vend à prix d’or, car la vigogne doit être capturée vivante, tondue et relâchée.
Les notices des 1000 voyages proposés sur tous les continents sont le plus souvent très brèves. Celle sur le Sanctuaire de bubales roux de Senkelle, en Éthiopie, ne comprend que 14 mots : « Visiter cette réserve de bubales roux permet d’aider à la survie future de l’espèce. » Un peu trop minimaliste.
L’album renferme quelque 450 photos,
le plus souvent d’animaux ou d’oiseaux. Il y a une notice intéressante sur le ramboutan, proche cousin du litchi. Ce fruit rouge
est couvert d’une peau velue (ramboutan signifie poil); son goût rappelle le raisin et le litchi. Les racines, l’écorce et les feuilles du ramboutan servent dans la médecine traditionnelle.
3 mars 2019
V.S. Goela, Gaucher.ère contrarié.e, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Vertiges, 2019, 158 pages, 22,95 $.

Roman hors-norme

L’auteur.e V. S. Goela est inconnue, son premier ouvrage s’intitule Gaucher.ère contrarié.e et il défie
les conventions du roman même atypique. Trente-trois consonnes
et treize voyelles font quarante-six caractères en sanscrit. Ce roman hors-norme comprend donc trente-trois chapitres et treize personnages.
Parmi ces personnages, on trouve un ou une chef transgenre, un écrivain exhibitionniste, un sommelier qui ne boit pas d’alcool, un danseur à la retraite qui anime une téléréalité au Nunavut, une agente de bord adepte de tir et un guide touristique en Islande.
Plusieurs scènes se déroulent à Toronto,
des références étant faites à l’île Ward,
au Musée Gardiner, au Don Valley Parkway, à un café indien sur Gerrard et au quartier The Annex. Qu’est-ce qui différencie Toronto de Montréal ? « Montréal a
sa montagne. Toronto a son lac. »
Deux Torontois participent à un concours international d’art culinaire, en Inde.
Les références à la bouffe sont nombreuses et je suis bien d’accord lorsque je lis que « l’asperge est un légume branché. Si tu ne cuisines pas avec des asperges, tu es nul.
Tu n’es pas gourmet. »
Soma est chef(fe) transgenre est dit :
« Je suis né(e) gaucher(ère), élevé(e) droitier(ère), devenu(e) gaucher(ère) contrarié(e), dont le titre de ce roman qui nous sert toute une fourchette d’émotions, une série de bouchées littéraires succulentes.
Il est sans doute vrai que « tout le monde est trop occupé pour demander une rencontre en personne », préférant se tourner vers « Skype, Viber, FaceTime… » Ridicule et dommage à mon avis, car on y perd l’essence d’un tête-à-tête.
Il est rafraîchissant de lire des commentaires hors de l’hétérosexualité traditionnelle. En voici un petit exemple : « Pourquoi le symbole pour les wc de femmes est-il une personne en robe ?
Je ne porte jamais de robe et je n’aime pas le maquillage. (…) Why must I gender conform ? »
Comme les gays et lesbiennes, les gauchers formerait environ dix pour cent de la population. Et ils seraient plus créatifs que les droitiers. V. S. Goela est plus créative que moi, un droitier.
12 février 2019
Danièle Vallée, Juré, craché !, roman,
Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2019, 240 pages, 21,95 $.

Danseuse nue agenouillée dans un confessionnal

« Pour une fille, la première fois qu’on se confesse, « c’est comme perdre sa virginité. Il faut s’ouvrir devant un homme et lui donner l’impression qu’il nous fait
du bien. » Attendez-vous à
d’autres affirmations surprenantes dans le roman Juré, craché !
de Danièle Vallée.
Camille a presque six ans quand l’abbé Romain Dutil arrive dans une paroisse près de Magog (Québec). La sœur supérieure
de l’école demande à ses élèves d’être bien mises, polies, sérieuses et réservées. Camille n’entend que le mot « réservée » et cet abbé-là, elle entend bien se le réserver.
« Il sera à moi et rien qu’à moi, toute
ma vie durant. » Elle est prête à attendre, juré, craché !
Docile, timide, réservée, mais intelligente, Camille devient frondeuse et sans gêne avec Romain. Elle ne ménage pas les ruses pour l’amener à défroquer et à l’épouser. « Elle le câline, l’appâte, le traque, pour mieux le capturer ». Devant l’abbé Dutil dans le confessionnal, Camille agit comme « son effeuilleuse tout habillée, sa danseuse nue agenouillée ».
Le roman a des échos au chant grégorien, aux alléluias, à l’Ave Maria, à la langue
de feu qui s’allume au-dessus d’une tête.
On est dans les années 1950, avant
le Concile Vatican II, avant la création
du ministère de l’Éducation au Québec,
à l’époque de la messe en latin et du prêtre demi-dieu.
Or, l’intrigue du roman me semble exagérée ou peu conforme à cette époque-là. Danièle Vallée avait déjà traité du sujet dans une nouvelle intitulée « La confession » (voir Sous la jupe, David, 2013). Ça passait alors
la rampe. Mais en dramatisant outre mesure l’amour acharné de Camille envers Romain, elle le rendu peu crédible. Était-ce même plausible, dans le Québec rural de 1955, de trouver une « insolente petite débauchée, perverse, qui se croit tout permis » ?
La pédophilie inversée, pour reprendre
les mots de l’auteure, existait-elle à cette époque ?
Danièle Vallée a fait une recherche sur
les soutanes et sait qu’elles arborent 33 boutons (comme l’âge du Christ). L’auteure ne manque pas d’imagination et nous apprend que la seizième boutonnière arrive juste devant… la braguette. Le bouton va-t-il sauter si le désir tord le bas-ventre ? Voilà une idée pour une nouvelle homoérotique !
Le roman regorge de jeux de mots, dont voici quelques exemples : le docteur-oculiste est le « doc Ulysse »; le lanceur noir de l’équipe de baseball est « le mouton noir de la région »; un esprit sain dans
un corps sain devient « un esprit sain
dans un corset »; dans le mot novice, Camille voit no vice (en anglais); le col romain du vicaire devient « une camisole de force ».
L’Église et le sacerdoce ont déjà été des sujets dont on n’aurait pas osé plaisanter. Avec Juré, craché !, Danièle Vallée s’en moque allègrement. Alléluia !
2 février 2019
Alain Bernard Marchand, Complot à l’Unesco, roman, Montréal, Éditions
Les Herbes rouges, 2019, 216 pages, 21,95 $.

Roman d’une culture générale transcendante

L’action de Complot à l’Unesco,
le tout dernier roman d’Alain Bernard Marchand, se déroule
en grande partie à Paris, siège
de l’institution onusienne du titre. L’auteur y est certainement allé plusieurs fois et a sans doute écrit son roman en (re)gardant, près de son ordinateur, un plan détaillé de la Ville Lumière. À Paris, « chaque coup d’œil entre en moi et devient une école du regard. Je réapprends
à regarder. »
Le narrateur est un diplômé de l’Université d’Ottawa, qui écrit les discours de l’ambassadeur canadien à l’Unesco.
L’auteur, également diplômé de l’université ottavienne, a déjà écrit les discours de
la gouverneure générale Michaëlle Jean.
Il sait que « frayer le passage des mots
sur la page vers une bouche qui se
les approprie est une expérience au-delà du réel ».
Le titre du roman parle de complot. Il faut lire jusqu’au dernier mot pour le découvrir, car Alain Bernard Marchand aime multiplier les fausses pistes, ce qui lui permet de nous décrire des personnages hauts en couleurs. « Il suffit de quelques signes pour qu’un écrivain comme un archéologue restitue des vies entières ».
Ce qui est fascinant dans ce roman, ce sont les brèves réflexions, presque lapidaires,
qui en parsèment le récit. L’auteur écrit,
par exemple, que « côtoyer (une personne) équivaut à la réinventer ». Ou encore que « le cœur est aussi menteur que la raison, mais plus rusé ».
À travers son narrateur, Alain Bernard Marchand réfléchit sur les souvenirs
qu’on garde en mémoire, allant jusqu’à se demander s’ils ne chevauchent pas entre réalité et fiction. « Les raconter ne consiste pas à les rendre tels quels, mais tels que nous croyons les avoir vécus. »
Le style du roman demeure finement ciselé, les comparaison et métaphores toujours bien sculptées. Les yeux sont ceux « d’un oiseau de mer qui approche des côtes et cherche où se poser ». Quant au temps,
il « est un sablier qui contient le désert ».
Il y a des propos qui ont « de quoi donner soif à un prohibitionniste, et la berlue à un rigoriste ». Sans compter « un personnage de Dostoïevski égaré dans un roman de Tolstoï » ou une rue « aussi sombre que
la prison de Socrate ». Le narrateur, lui, est « dégourdi comme un valet de Molière, inventif comme une fugue de Bach ».
À l’image de certains personnages, Alain Bernard Marchand est un helléniste. Je me demande si son livre de chevet n’est pas écrit en grec ancien… Pour lui, « avancer dans une phrase et dans le monde part d’un même élan ». Il aime décrire une atmosphère ou un milieu « inimaginable ailleurs que dans un roman ».
Complot à l’Unesco renferme plein de références à l’Histoire ancienne, de même qu’à des livres, chansons et films contemporains. Tout le roman baigne dans une culture générale aussi raffinée que transcendante.
À une exception près (poésie de jeunesse), la douzaine de livres signés par Alain Bernard Marchand a paru aux éditions
Les Herbes rouges. Ce tout dernier roman
à la fois policier et psychologique est doublement exécuté avec brio.
25 janvier 2019
Jonathan & Jesse Kellerman, Exhumation, roman traduit de l’anglais par Julie Sibony, Paris, Éditions du Seuil, 2019, 400 pages,
34,95 $.

Connexions motivations
et actions 

Le roman policier Exhumation a été écrit à quatre mains par Jonathan et Jesse Kellerman, père et fils. Ils vivent tous deux en Californie, lieu de l’action de leur polar. Le narrateur et protagoniste est un coroner pour qui
il y a cinq catégories de mort : homicide, suicide, naturelle, accidentelle et indéterminée.
Le boulot d’un coroner « commence avec
les morts mais continue avec les vivants ». Lorsqu’un excentrique prof de Berkeley est trouvé inanimé au pied d’un escalier, l’autopsie révèle une mort naturelle (défaillance du cœur), mais sa fille croit
plutôt que son père a été assassiné.
Le jeune coroner Clay Edison accepte de mener une enquête et de « passer au crible les connexions, les motivations, les actions » de ce mort qui en cache un autre. Cela l’amène à explorer les plus sombres recoins de l’âme humaine.
Le plus intéressant dans ce polar, à mon avis, réside dans les remarques et réflexions que les coauteurs glissent ici et là entre la description d’un personnage ou d’un geste
et un dialogue.  En voici quelques exemples :
« L’alcool est un tueur plein de ressources;
le couteau suisse de la mort. »
« Elle avait le sourire facile, mais le rire parcimonieux. Un gage d’honnêteté. »
« La famille. Une maladie incurable. »
Comme le personnage principal est coroner,
les coauteurs parsèment leur récit d’autres morts qui n’ajoutent rien à l’intrigue. Comme cet « individu de sexe masculin non identifié, âge indéterminé, race indéterminée, en état de décomposition avancée » ou cette « femme latino de soixante-dix-neuf ans retrouvée dans sa baignoire par son infirmière à domicile ».
Le roman est écrit à quatre mains; il y a
peut-être deux fois plus d’idées, mais pas nécessairement deux fois plus d’intérêt.
Outre les morts superflus, il aurait aussi fallu éliminer de longues digressions et de pseudo intrigues amoureuses qui ne débouchent sur rien. Autre remarque, dans ces 400 pages, tout baigne dans une normalité hétérosexuelle, pas de place pour un petit accent L, G, B ou T.
Jonathan Kellerman est psychologue clinicien et cela influe sur l’intrigue et la description des personnages. Le prof de Berkeley enseignait la psychologie et deux des principaux personnages se croisent dans une recherche psychologique. Quant à la fille du prof, elle fait partie « des gens les plus intelligents (qui) ont tendance à camper plus longtemps sur leurs positions, principalement parce qu’ils en ont les moyens ».
29 décembre 2018
Serge Provencher, 27 expressions de la langue française revisitées, essai, Montréal, Éditions Les Heures bleues, coll. Les 27, 2018, 64 pages, 19,95 $.

Surprises sur la genèse et le sens de 27 expressions

Les citations, proverbes et expressions consacrées de la langue française proviennent de la sagesse ancestrale, d’une œuvre littéraire ou du quotidien, toujours dans le but de faire comprendre un principe ou une réalité. Docteur en éducation, Serge Provencher a réuni 27 expressions de la langue française revisitées, un court essai qui nous réserve des surprises sur leur genèse ou sur le sens qu’on leur
a donné au fil des siècles.
L’expression « métro, boulot, dodo » est
un extrait du poème Synthèse, de Pierre Béarn, paru en 1951. Béarn, de son vrai
nom Louis-Gabriel Besnard (1902-2004), terminait son poème par ces quatre vers : « Au déboulé garçon pointe ton numéro / pour gagner ainsi le salaire / d’un morne jour utilitaire / métro boulot bistros mégots dodo zéro. » Trente ans après Mai 68, les ouvriers de Renault ont pris le slogan « Métro, boulot, dodo »
lors d’une manif.
Jamais expression ne fut plus déformée que « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ». On entend très souvent
« Cent fois… ». Nicolas Boileau (1636-1711) est le père de cet alexandrin qui, au départ, peut être pris au sens technique (métier
à tisser), mais qui « désignait aussi métaphoriquement l’art du vers, la technique poétique ». On l’appliqua assez vite aux activités humaines même si elle était, à l’origine, un conseil aux écrivains.
L’origine de l’expression « reprendre du poil de la bête » demeure assez obscure, devenant presque une vedette de la phraséologie. De nombreuses explications circulent, la principale ayant trait à « une vieille croyance voulant qu’un homme mordu par un chien pouvait se guérir en se servant du poil de la même bête ».
Quant à la citation du Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry (1943), « l’essentiel est invisible pour les yeux »,
il est difficile d’être contre la vertu. Mais
le monde voit-il davantage avec les yeux du cœur depuis ces mots de Saint-Ex ?  « C’en est presque gênant de répondre, quoique, après tout, les fables de La Fontaine n’auront jamais mis fin aux comportements qu’elles décrient. » Faut-il conclure que l’impact de la littérature sur le réel est quasi nul…?
Le proverbe « Aide-toi, le ciel t’aidera » n’est pas un passage de la Bible. Certains
y voient un aphorisme d’Ésope qui l’emploie dans une de ses fables vers 564 av. J.-C. À sa manière, La Fontaine reprend la formule, mais il a été précédé par François Rabelais et Mathurin Régnier. Jeanne d’Arc, elle, aurait lancé lors de
son procès : « Besognons, et Dieu donnera
la victoire. »
Il arrive qu’un proverbe connaisse plusieurs variations, c’est le cas de « Chat échaudé craint l’eau froide ». Le texte le plus ancien remonte au XIIIe siècle; dans Le roman de Renart, on lit « chat eschaudez iave (eau) creint ». En 1652, cela devient « chien eschaudé craint l’eau froide », puis « chien eschaudé craint la cuisine » (1652), « chat échaudé craint la cuisine » (1690), et même « chat échaudé craint l’eau chaude » (1924).
L’ouvrage de Serge Provencher paraît
dans la collection Les 27, aux Éditions
Les Heures bleues. Chaque titre de cette collection porte sur une thématique générale qui est abordée en 27 sujets.
La couverture est une œuvre de Guido Molinari (Sans titre, v. 1992). Curieusement, ce petit livre n’a pas de pagination. Fantaisie de l’éditeur, sans doute.
18 décembre 2018
Donato Carrisi, L’Égarée, roman traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2018, 336 pages, 29,95 $.

Chef-d’œuvre
psycho-thrilliste

Dans son tout dernier roman intitulé L’Égarée, Donato Carrisi illustre avec brio que l’animal le plus difficile
à chasser est l’homme et que
« la nature humaine est capable
de générer des abîmes obscurs
et nauséabonds ».
Samantha Andretti, 13 ans, disparaît en se rendant à l’école. Lorsqu’elle est retrouvée, nue dans un champ, la victime d’un bourreau psychopathe n’a pas le moindre souvenir de son kidnappeur. Samantha découvre qu’elle a maintenant 28 ans,
dont 15 passés dans un obscur labyrinthe.
Le lieu de l’action n’est jamais mentionné, mais nous sommes en Italie, car la paroisse se nomme Santissima Misericordia et il y
a une vague référence à Rome. Exception faite d’Andretti et son ami Baretta, les personnages portent des noms comme Sullivan, Bauer, Delacroix, Green, Johnson
et Forman. Un peu déroutant. Le détective privé est Bruno Genko; son médecin lui donne deux à trois mois d’espérance de vie.
Le roman nous plonge dans le dark web
ou HOL – Hell On-Line. Y règnent
une sexualité extrême, une perversité monstrueuse, un sadisme virtuose et j’en passe. À côté de cela, le livre Bunny, indice clef dans la recherche du détective privé, semble presque un objet de piété. Or il s’agit d’un album apocryphe, sans auteur, éditeur ou numéro de série, avec des illustrations qui changent complètement lorsque vues à l’aide d’un miroir. Le lapin aux yeux en forme de cœur se transforme en maléfice…
Donato Carrisi écrit que l’être humain a deux motivations à ses actes, qui peuvent lui faire perdre la raison : le sexe et l’argent. L’auteur aime glisser de petites réflexions au tournant d’une conversation. En voici un exemple savoureux : « Dieu est un enfant, vous ne saviez pas ? C’est pour ça que, quand il nous fait du mal, il ne s’en rend pas compte. »
L’Égarée est un roman finement ciselé qui illustre tragiquement comment la peur des enfants peut devenir le carburant, voire
la passion, d’un ou d’une psychopathe. L’auteur décrit avec brio tous les accents
et les ombres d’un monstre. De plus,
il multiplie les rebondissements au point
de faire de son triller un page-turner.
Je vous mets au défi de trouver, avant
le dernier chapitre, la personne coupable de l’enlèvement de Samantha Andretti !
Donato Carrisi est l’auteur de thrillers italiens le plus lu au monde. Selon lui,
« le crime parfait n’existe pas, mais l’enquête parfaite existe ». Je n’hésite à
dire que L’Égarée est un chef-d’œuvre psycho-thrilliste.   
12 décembre 2018
Diya Lim, La Marchande, la sorcière, la lune et moi, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, 2018, 192 pages, 15,95 $.

Matriochka et babouchka

C’est à la suite d’un voyage en Russie (1994) que Diya Lim a eu l’idée d’écrire un roman qui puise, entre autres, dans la tradition
des poupées russes ou matriochka. L’imagination de l’écrivaine a fait
le reste, a abondamment fleuri pour aboutir à un bouquet intitulé
La marchande, la sorcière, la lune
et moi
.
La narratrice et personnage principal se nomme Xiomara Kirsch, Mara pour les intimes. Âgée de 10 ans (bientôt 11),
elle parle plus facilement à son cœur, aux nuages et aux oiseaux qu’à ses collègues de l’école primaire. Mara a des frères jumeaux monstres qui ne font pas grand-chose d’autre que des bêtises.
Dans ses rêves (cauchemars), la fillette voit l’ogresse Baba Yaga, mangeuse de petits enfants. Les jambes de Maria tremblent, son cœur tambourine et ses évanouissements se multiplient. Lorsqu’elle se rend au marché, une étrange femme ou babouchka attire son regard et crée un étrange malaise.
Le style de Diya Lim est très imagé. Lorsque la situation financière de la famille de Mara se détériore, l’auteure lui fait dire : « C’est là que j’ai décidé d’économiser
mes larmes et de les enfermer dans
la tirelire de mon cœur. »
À travers une histoire aux rebondissements mélancolique, tragique, maléfique et magique, l’auteure nous fait découvrir qu’il est parfois permis d’agir comme un enfant lorsqu’on est adulte. Les adjectifs de la phrase précédente sont quelques titres
de chapitres ; tous finissent en ique (sauf Diagnostic) ; cela va de Fatidique à Métallique, en passant par Bucolique, Horrifique, Chaotique, etc. (40 en tout).
Je lui donne 40 sur 50.
8 décembre 2018
Académie française, Bonheurs et surprises de la langue, essai, Paris, Éditions Philippe Rey, 2018, 288 pages, 39,95 $.

Mots lointains, transformés ou empruntés

À l’Académie française, on écrit
le dictionnaire ou des ouvrages sur l’usage de la langue. Il y a quelques années, on a créé la rubrique
Dire, ne pas dire pour contrer
des entorses dans le langage courant mais aussi dans la presse écrite et orale. C’est par centaines
de milliers que les gens consultent cette rubrique, tant et si bien que les Éditions Philippe Rey ont décidé de publier les extraits les plus évocateurs, sous le titre Bonheurs
et surprises de la langue
.
Notre langue est redevable au latin, doublement parfois. Il arrive qu’un même mot latin ait donné deux aux plusieurs mots français. On parle alors de doublets étymologiques; en voici quelques exemples : poison et potion (de potio), chétif et captif (de captivus), métier et ministère (de ministerium), hurler et ululer (de ululare).
Les mots capital et cheptel sont tous deux tirés du latin caput, qui désigne à la fois
la partie principale d’un bien et une tête de bétail. Une expression peut avoir le même mot mais une origine différente; c’est le cas dans Fier comme un pou et Laid comme
un pou. La raison est que le pou était jadis appelé pouil (pouilleux), qui signifiait aussi le mâle de la poule, le coq, d’où l’expression Fier comme un pou.
À l’origine, le mot fumisterie était sérieux. Quand il apparaît dans notre langue, en 1845, il désigne l’activité d’un fumiste,
cet artisan spécialisé dans la construction de cheminées (envoyant la fumée dans
le bon conduit). Quant au mot jadis, il ne faut pas le confondre avec naguère.
On retrouve dans jadis ja, ancienne forme de déjà, et dis (jours) qui figure dans dimanche, lundi, mardi, etc. Jadis renvoie
à un temps lointain, alors que naguère indique une époque beaucoup plus proche de la nôtre.
Rien d’étonnant que le mot glamour ait d’abord signifié magie, car il est issu du français grimoire, qui désigne un livre recelant des formules pouvant charmer ou envoûter. En passant du français à l’anglais, grimoire s’est donc transformé en glamour. Le mot record, lui, a d’abord désigné
le témoignage de celui qui vient devant
la justice redire ce qu’il sait. Repris en anglais, record s’est peu à peu étendu au domaine sportif pour désigner un exploit. Le français lui donne aujourd’hui ce sens après l’avoir réemprunté à l’anglais.
Un dernier exemple de bonheur et surprise de notre langue : contrairement à ce que certains pensent, la locution adverbiale
tout de do n’est pas liée au verbe anglais
to go. Elle est plutôt la forme simplifiée
de l’ancienne expression « avaler tout de gob »; ce dernier mot vient du gaulois gobbo (bec, bouche), puis de l’ancien français gobet (bouchée, gorgée). Tout de go, tout d’une bouchée.
Bonheurs et surprises de la langue
« nous reporte au temps où nos ancêtres cueillaient çà et là, mais surtout dans le latin et le grec, une racine qu’au fil du temps ils surent adapter à leur esprit (…)
et doter d’accents propres toujours empreints de leur lointaine origine ».
5 décembre 2018
Pierre Anctil, À Québec au cœur des années 1960, photographies de Jean-Louis Anctil, Boucherville, Presses du Bras-d’Apic, coll. Rencontre inattendues, 2018, 144 pages, 29,95 $.

Album de famille
des années 1960

Résident du quartier Montcalm
à Québec, Jean-Louis Anctil (1923-2013) a photographié ses proches dans l’intimité de la vie familiale. Cela a donné À Québec au cœur
des années 1960
, un album de 101 photos prises principalement entre 1963 et 1968 (seulement 3 au début des années 1970).
Ce regard d’un père de famille couvre
cinq bonnes années, mais Anctil a pris
plus 12 000 diapositives soigneusement classées. Les 101 photos retenues par son fils Pierre Anctil proviennent d’un lot
de 1 492 clichés, dans le sillage duquel
« se définit le Québec de la Révolution tranquille, mais en toute simplicité,
à l’échelle de la vie familiale ».
Jean-Louis Anctil ne cherche pas à porter un regard sociologique sur le Québec
des années 1960. C’est presque sans s’en rendre compte qu’il fixe sur la pellicule
sa province entraînée dans un tourbillon. Une image vaut mille mots, plusieurs d’entre elles montrent des repas de fêtes (anniversaires, première communion, Noël), mais avec une « absence presque totale
de référents religieux à la maison ».
Les 101 photos sont groupées selon les thèmes suivants : Portraits de Jean-Louis
et Constance (son épouse), Vie familiale, Fêtes religieuses, Sports d’hiver, Carnaval
de Québec, Vacances d’été, Dans le port de Québec et Promenades. Lorsqu’il y a une ou deux personnes, les noms sont indiqués dans la légende, mais ce n’est pas le cas s’il y a en trois, quatre ou plus.
La profession de foi à l’église Saint-Dominique (1963) montre probablement
le jeune Louis Anctil, mais je le devine parce que je crois l’avoir reconnu; il est
un exposant au Salon du livre de Toronto et c’est lui qui m’a offert cet album (sans me montrer ses propres photos d’enfance).
Le quartier de Québec photographié
par Anctil est celui de Montcalm et de
la paroisse Saint-Dominique, soit un périmètre balisé par la Grande-Allée entre les avenues Cartier et Moncton. Il y a
« un tel foisonnement de détails et une telle précision que la description revêt
des proportions quasi épiques ».
Orphelin de mère à 13 ans et parti à la guerre très jeune, Jean-Louis Anctil savait que l’enfance ne dure pas, qu’elle est un bien fragile. « Ce sont ces courts moments d’abandon et de confiance absolue qu’il voulait coucher sur la pellicule avant que le passage du temps ne les efface. »
premier décembre 2018
Jean-François Villeneuve, Les chambres obscures, roman, Montréal, Lévesque éditeur, 2018, 150 pages, 24 $.

Écriture soignée et soyeuse

Journaliste-photographe dans plusieurs médias québécois, Jean-François Villeneuve a publié
un premier roman intitulé
Les chambres obscures. Le titre renvoie aussi bien à des pièces peu éclairées qu’aux chambres noires d’un photographe.
D’après quelques années mentionnées ici
et là dans la narration, le roman débute
en 2014, à Montréal où Karim, 19 ans, pose des questions sur ses origines. Au lieu de répondre, le père adoptif le lance dans une chasse aux trésors en ex-URSS. Karim s’apprête à « naviguer en périphérie, circuler à contre-courant ».
C’est six jours après la mort de son père, que Karim quitte Montréal pour Krasnodar, 1 200 km au sud de Moscou; « j’avance non pas vers le mur qui est tombé depuis près d’un quart de siècle, mais vers celui érigé par les silences de mon père ».
Parce qu’il faut parfois éviter de déranger le présent en ressassant le passé, Karim trouve que la vie de son père semble à
la fois tout près et inaccessible. Cette vie fait l’objet de nombreux flash-backs où
on suit les traces du père photographe
à Srebrenica, en Afghanistan et en Tchétchénie dans les années 1990.
Quand l’auteur décrit une langue et il y
va d’expression inusitées : « Les pattes-d’oie qui s’accentuent aux sons en i,
les contractions de sa bouche pour l
es autres voyelles, et sa langue telle
un diapason, la mâchoire qui se resserre pour les consonnes dures… »
L’écriture de ce premier roman est tendre, soignée et soyeuse. Le style demeure finement ciselé, voire imagé comme en font foi ces deux courts extraits : « les gouttes bouillantes me glacent le dos »; « ma vie est une toile tachée de quelques éclaboussures de couleur qui forment une constellation dénuée de sens ».
14 mai 2019
Aurélie Valognes, La cerise sur le gâteau, roman, Éditions Mazarine, 2019, 414 pages, 29,95 $.

Et si la retraite n’était pas un long fleuve tranquille ?

La retraite est comme entrer
dans une pâtisserie. Tous les gâteaux ont l’air appétissant, mais il faut
les goûter les uns après les autres pour trouver lesquels sont faits
pour nous. Voilà ce que
la romancière Aurélie Valognes démontre dans La cerise sur
le gâteau
.
L’action se déroule en France où Bernard,
61 ans, est forcé à prendre sa retraite alors que son épouse Brigitte l’a allègrement choisie. Le couple a un fils et deux petits-enfants. Leur bru aime dire que son beau-père se bat avec ses démons tandis que
sa belle-mère se bat avec son mari.
« La boucle est bouclée. »
Ancien directeur financier dans une grande entreprise, Bernard n’a toujours eu qu’une seule passion : le travail. « Son quotient intellectuel est supérieur à la moyenne,
son quotient émotionnel vole au ras des
pâquerettes. » En perdant son poste,
il a l’impression d’avoir perdu son statut,
son identité, son utilité.
Brigitte est posée et tournée vers les autres. Elle fait du bénévolat dans une résidence pour les personnes âgées. Bernard est « stressé, stressant et surtout tourné vers son nombril ». L’une est le roc, l’autre est l’envahissant parasite.
Bernard n’aime pas le mot « retraite »,
c’est comme « les restes » ; pour lui, ça ne donne pas envie de goûter. Son petit-fils
va cependant lui donner le goût de relever un défi, de lutter contre la surabondance
de déchets plastiques. Plutôt mourir que d’acheter une bouteille d’eau en plastique,
se dit-il. « Heu… peut-être pas quand même. »
La romancière parsème son récit de petites réflexions, tantôt savoureuses tantôt punchées. Voici un exemple savoureux :
« À quoi bon être une grand-mère si c’est pour ne jamais faire de bêtises ? » Et puis un exemple punché : « Être collés l’un à l’autre, c’est la fin du couple. »
Aurélie Valognes aime jouer sur les mots,
ce qui donne parfois des répliques acerbes :
– La retraite, c’est mûrir ! Penses-y ! lance la mère de Bernard.
– Il ne manque pas une lettre ? répond
le fils.
L’auteure écrit que le nombre de divorce chez les retraités a doublé en dix ans en France. Signe que nombreux sont ceux qui ne préparent pas leur retraite. À 35 ans,
ils n’ont le temps de rien, puis à 65 ans,
ils ont du temps mais encore faut-il savoir quoi en faire…
10 mai 2019
Françoise Langlois, Le bois d’Armande, roman illustré par Irina Pusztaï, Saint-Lambert, Soulières éditeur, coll. Chat
de gouttière no 69, 2019, 120 pages, 11,95 $.

Quand rêver et raisonner vont de paire

Quand l’action d’un roman jeunesse se déroule à Saint-Meuh-Meuh-les Beus, dans le comté Laymouton,
il ne faut pas être surpris de se voir entraîner dans une histoire quasi abracadabrante. Le roman s’intitule Le bois d’Armande, une déformation de La belle au bois dormant, et il est signé par Françoise Langlois.
Eugénie rend visite à son cousin Claude au mois de juillet. Elle apprécie son immense créativité, même si elle aime le mettre au défi de prouver la réalité de ses lubies.
L’une d’elle est un conte de fées invraisemblable concernant le château de
la Belle au bois d’Armande (nom de la mère de Claude). L’auteure y fait des clins d’œil
au Petit Chaperon rouge et au Petit Poucet, mais cela demeure de la p’tite bière à côté des défis que devront surmonter les deux cousins.
Au début, Eugénie estime que Claude a
l’art de s’enfarger dans ses menteries,
qu’il a « tendance à inventer sans arrêt
des histoires de sorcières et de monstres »… au point d’avoir la tête pleine de scènes d’épouvante. Lorsque les deux cousins doivent surmonter des difficultés qui frôlent la catastrophe, le jeune lectorat a tout simplement droit, en sourdine, à une leçon de débrouillardise et d’entraide, qui baigne dans l’empathie.
Dans ce second roman, Françoise Langlois oppose rêver à raisonner. D’une part, elle démontre que l’imagination ou la rêverie
a sa place « dans une société où domine
un pragmatisme rigide ». D’autre part,
elle donne voix à une argumentation rationnelle sur un sujet d’actualité :
« que faire des migrants contraints par
les circonstances à trouver refuge
au Québec ? ».
Publié chez Soulières éditeur, dans
la collection Chat de gouttière, ce savoureux roman d’aventure et d’humour s’adresse
aux jeunes de 9 ans et plus. Ils apprécieront les nombreux rebondissements qui sont souvent accompagnés de réflexions sur l’amitié et la complicité.
2 mai 2019
Pierrette Lafond, Promenade en Enfer,
Les livres à l'index de la bibliothèque historique du Séminaire de Québec
, essai, Québec, Éditions du Septentrion, 2019,
144 pages, 29,95 $.

Quand un livre à l’Index menait tout droit à Enfer

Ceux qui sont nés dans les 1920, 1930 ou 1940 ont probablement entendu parler de livres « mis à l’Index ». La bibliothèque historique du Séminaire de Québec, fondé
en 1663, a contenu exactement 603 titres frappés d’interdit au fil des siècles par la censure ecclésiastique, tous désormais versés au Musée
de la civilisation. Pierrette Lafond s’est penchée sur ce fonds et
a publié une analyse intitulée Promenade en Enfer.
Le mot Index vient de Index librorum prohibitorum, publication de la Congréga-tion de l’Index, au Vatican. Il contient
« le nom des auteurs, des ouvrages et
des textes anonymes dont Rome réprouve officiellement la possession, la lecture,
la vente ou la diffusion. »
La section de livres interdits dans
la bibliothèque du Séminaire de Québec portait le nom Enfer, mot qui frappe l’imaginaire car on nomme « ce lieu
d’après le péril encouru pour tout catholique transgressant l’interdit : les principes régissant le magistère de l’Église catholique évoquent la damnation éternelle de l’âme du lecteur comme punition potentielle à la suite de la lecture
des mauvais livres. »
Les 603 titres logés dans « l’Enfer »
sont majoritairement de langue française (381), suivis de l’anglais (152), du latin (60), de plus d’une langue (9) comme latin
et grec ou français et italien. Ils proviennent principalement de la France (245), suivis
de l’Angleterre (128), des Pays-Bas (77),
de la Suisse (37), des États-Unis (40),
de la Belgique (20), de l’Allemagne et
de l’Écosse (15), le Canada n’en ayant que 9.
L’auteure nous apprend que, au Québec, d’autres formes de censure punitive pouvaient prendre formes, notamment l’autodafé, l’ostracisme, la dénonciation en chaire, l’auteur décrété persona non grata, l’excommunication, le refus de sépulture et l’interdit par décret épiscopal. Des auteurs comme Rodolphe Girard (Marie Calumet), Albert Laberge (La Scouine) et Jean-Charles Harvey (Les demi-civilisés) ont subi une
de ces formes d’opprobre.
On peut douter que de l’impact souhaité par un interdit atteignait son plein rendement. C’est bien connu, en effet, que le fruit défendu demeure toujours le plus fascinant, attirant et alléchant. Le cas de Jean-Paul Sartre constitue un bel exemple. Ce n’est
pas seulement L’être et le néant ou L’existentialisme est un humanisme qui ont été frappés d’interdit. L’auteur a été mis à l’Index de Rome omnia opera, c’est-à-dire son œuvre au complet.
L’ouvrage de Pierrette Lafond est le sujet
de son mémoire de maîtrise. Elle explique qu’un texte d’une croyance hétérodoxe représente une cause de damnation éternelle (Enfer) pour le catholique.
Des textes qui ont pu être considéré comme objet de corruption des masses apparaissent aujourd’hui « comme un objet de musée ».
L’Index a été levé dans les années 1960, après le Concile Vatican II. N’empêche qu’aujourd’hui d’autres voix s’érigent en censeurs et amènent des créateurs de haut calibre à s’autocensurer.
19 avril 2019
Alain Savary, Le grand détour pour traverser la rue, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, 2019, 128 pages, 20,95 $.

Un premier roman tendre, caressant et pénétrant

Né à Vanier trente ans passés, Alain Savary est un investisseur et maintenant un romancier. Finance et littérature ne sont pas mutuellement exclusifs, loin de là. Le grand détour pour traverser la rue a tout l’air d’une autofiction, mais c’est un roman que Savary a choisi d’écrire, un brillant roman !
Le narrateur, jamais nommé, raconte
sa vie de « J’ai 13 ans » à « J’ai 30 ans ». Abandonné par sa mère et vivant avec
un père qui dépend du bien-être social,
il rêve de traverser la rue pour passer de Vanier à Parc Rockcliffe, du quartier pauvre au quartier riche d’Ottawa. « À Vanier,
tout est petit, tassé, croche. »
Le narrateur-écrivain pose un regard acéré et lucide sur son milieu et sur les gens
qui croisent sa route dans ce roman écrit à la première personne. Le grand détour pour traverser la rue est l’odyssée d’un jeune homme prêt à tout pour s’inventer une vie meilleure.
À 14 ans, le narrateur écrit qu’un garçon
lui fait remarquer sa beauté, l’embrasse et ajoute que, une fois la puberté passée,
« on sera encore plus copains ». À 17 ans, un homme marié et père de famille l’initie
à l’amour, « tendre, caressant, pénétrant ». Dès cette séduction, l’ado apprend que
« le sexe sert à se calmer les nerfs ».
Il aime l’école secondaire car on y rencontre du monde bizarre (profs) et des mots étranges. Cela le fait penser, le fait rêver.
À 19 ans, il voudrait rencontrer une femme qui s’intéresse à lui et qui apprécie un type attentionné, mais il semble leur faire peur, les inquiéter, les insécuriser.
À l’université, il découvre qu’on peut souvent apprendre plus dans un dialogue intense que dans un cours d’un trimestre. « Au détour d’un mot, d’un geste, d’un regard, l’essentiel se dit. Des comparaisons inédites se tissent. Un lien surprenant éclaire une théorie complète. L’invention d’une vie surgit parfois dans l’instant d’un effluve. »
Peu de professeurs sont capables de canaliser les délires de leurs étudiants.
« On enseigne tout à l’école, sauf l’art d’être bien à deux. »
À 23 ans, l’auteur-narrateur est admis à
la London School of Economics and
Political Science. C’est là qu’il rencontre Leah, une femme qui cherche la même chose que lui, soit « quelqu’un de responsable et d’un peu délirant en même temps, et qui saurait toute sa vie garder
son enfance, ce qui n’a rien à voir avec
une adolescence prolongée ». Non, cela a plus à voir avec l’intimité et la complicité.
À 30 ans, Alain Savary a l’art d’étayer son roman de réflexions profondes sur la vie.
Il écrit, par exemple, que « les parents riches planifient tout : les études, les amis, les fréquentations, les carrières, les voyages,
les investissements, même la retraite, mais pas l’attention d’un désir amoureux qui ne finit pas ».
À la toute fin du roman, l’auteur se demande pourquoi notre société est plus humaine avec les chiens et les chats qu’avec les personnes. « Pourquoi les vétérinaires ont-ils plus d’empathie que les médecins ? Pourquoi devoir souffrir débile et
impotent ? »
Le grand détour pour traverser la rue mérite, à mon avis, le Prix Émergence AAOF remis à un auteur en début de carrière.
12 avril 2019
Patrice Gilbert, Le porto d’un gars de l’Ontario, roman, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Vertiges, 2019, 368 pages, 30,95 $.

Nouveau romancier franco-ontarien

Dans son tout premier roman,
Le porto d’un gars de l’Ontario
, Patrice Gilbert nous conduit sur
les traces de Gratien Beauséjour, l’aîné d’une famille de Saint-
Michel-des-Saints (Québec).
L’action se déroule d’abord dans
les chantiers de la Haute-Mauricie, puis dans une mine de Val d’Or
et finalement en Ontario.
Tout commence en 1940, à l’époque où Maurice Duplessis règne avec une main de fer sur la Belle province. La soif d’aventure pousse Gratien à se lancer dans le vide, à quitter les jupes de sa mère et son village dans l’espoir d’améliorer son sort.
L’auteur décrit comment l’ado suit son père pour aller travailler dans les chantiers.
Il est d’abord affecté à la cuisine et une
des scènes les plus dramatiques est celle
où le nouveau-venu sent le chef cuisinier s’approcher trop de lui dans son lit; il se débat et échappe à une agression sexuelle, mais d’autres jeunes hommes avant lui ont certainement été victimes de viol.
Gratien trouve ensuite un emploi à Val d’Or (Abitibi). Curieusement, dans les dialogues, toutes les répliques des boss de la mine sont écrites en anglais, avec traduction en bas de page. Cela alourdit le texte et n’est pas nécessaire; il s’agissait tout simplement d’insérer une note, lors de la première incidence, pour indiquer que la conversation se déroule évidemment dans la langue des patrons. On aurait alors lu une histoire en français, pas inutilement bilingue.
Le roman souffre de longueurs fastidieuses, car Patrice Gilbert semble se sentir obligé
de décrire dans les moindres détails toutes les manœuvres des mineurs durant un shift (quart de travail) ou toutes les combines
des patrons à Toronto. Le technique l’emporte alors sur le littéraire. Au lieu d’écrire un roman, Gilbert nous sert presque un guide de l’industrie minière.
Le porto d’un gars de l’Ontario est
une première œuvre et comme c’est souvent le cas, l’auteur et l’éditeur n’ont pas su élaguer le superflu. Il aurait fallu resserrer la narration et probablement couper presque cent pages. Le style de Patrice Gilbert n’en demeure pas moins finement ciselé à plusieurs occasions.
Il aime jouer sur les mots, par exemple,
ce qui donne de belles tournures :
« des noces d’argent proportionnelles à
leur portefeuille » ou « boulanger dès 4 h du matin pour une mie de salaire déversée par le propriétaire farineux de l’endroit ». Quelle trouvaille!
Gilbert puise aussi dans la parlure québécoise pour glisser ça et là des mots ou expressions comme « étaubus » (autobus), « passer de sobre à gorlot » (ivre), « cookerie » (cuisine), « vingt heures de machine » (voiture), « spitter une clam dans le crachoir » (cracher du jus de pipe) ou « Enwoye, va crire le docteur, ça presse! » (Grouille, va chercher le docteur…).
Le porto dans le titre du roman est associé
à un verre qui, à l’époque, était réservé
pour une certaine classe de la société, plus anglophone que francophone. L’auteur réside maintenant
à Oakville, au sud de Toronto,
et figure désormais parmi les nouveaux romanciers franco-ontariens.
29 mars 2019
Jennifer Doré Dallas, Explorez Reykjavik et l’Islande, Montréal, Guides de voyage Ulysse, 2019, 160 pages, 11 cartes, 16,95 $.

L’Islande fascinante, mythique et un brin surréelle

Je ne me suis jamais rendu en Scandinavie et le pays qui me semble le moins connu est probablement l’Islande. Les guides Ulysse comble cette lacune en publiant Explorez Reykjavik et l’Islande. Préparez-vous à voir
un village de pêcheurs, une station thermale, une lagune glaciaire,
une plage de sable noir et même
un volcan actif.
Les premiers Vikings accostent sur l’île dès 850 (oui, 850 et non 1850). Elle passe tour
à tour aux mains de la Norvège puis du Danemark. Aujourd’hui, l’Islande est
« le meilleur endroit au monde pour
être une femme ». C’est le pays le plus performant en matière d’égalité des sexes : égalité salariale, gouvernement qui frôle
la parité, système d’éducation qui s’écarte des stéréotypes de genres.
L’Islande offre des expériences authentiques comme le soleil de minuit et les aurores boréales d’un vert vif qui dansent dans
le ciel nocturne. En septembre, on peut participer aux festivités entourant le réttir, soit le rassemblement traditionnel des moutons. À moins que vous préfériez prendre part au rúntur, une fourmillante tournée des bars à l’islandaise qui a lieu
à Reykjavik.
L’agneau est la viande la plus consommée en Islande. La soupe de poisson et de fruits de mer fraîchement pêchés contient toujours de généreux morceaux de chair.
La langoustine, que l’on nomme souvent homard, se décline de plusieurs façons et on peut déguster une singulière combinaison de requin et d’eau-de-vie de patate, qui « ne laisse aucun visiteur indifférent ».
On fait sécher l’aiglefin et la morue pour
les manger en collation et ces sachets se retrouvent dans toutes épiceries et stations-service.
Pays par excellence de la nordicité, du froid, l’Islande regorge néanmoins de sources chaudes relaxantes. À proximité de la capitale, il y a le populaire site Blue Lagoon. La station thermale de Myvatn Nature Baths miroite sous les reflets du soleil de minuit. La source chaude isolée de Seljavallalaug demeure enveloppée de montagnes verdoyantes et l’historique Secret Lagoon
a son petit geyser.
Le guide offre 18 palmarès thématiques,
8 itinéraires clés en main, des plans détaillés pour tout repérer en un clin d’œil et les meilleures adresses de boutiques, restos, cafés, bars et lieu d’hébergement.
23 mars 2019
Louis-Michel Lemonde, Un amour, roman, Montréal, Éditions Boréal, Collection Liberté grande, 2019, 112 pages, 19,95 $.

Notre drôle d’amour

Dans le roman Un amour
de Louis-Michel Lemonde,
le nom du narrateur n’est jamais mentionné; « un singulier fantasme de prostitution » l’habite depuis longtemps, même s’il avance dans
la quarantaine. Il rencontre Jean-Louis, un ouvrier à la retraite et prêt a déboursé quelques dollars pour assouvir sa passion libidineuse.
Louis-Michel Lemonde nous raconte dès lors l’histoire d’un amour fou et glauque, nous révèle le récit furieux d’un coup de foudre, nous plonge dans la quête illusoire d’une jeunesse perdue.
La première drague a lieu dans un bar gay à Montréal, puis tous les samedis, après
leurs sorties habituelles, les deux hommes existent « bel et bien intensément l’un
pour l’autre durant quelques minutes ». Autrement, ils s’appellent les autres soirs vers vingt et une heures.
L’auteur illustre avec doigté comment l’habitude peut « marier » deux êtres malgré eux-mêmes, « pour le meilleur
et pour le pire ». Peu à peu, les liens se resserrent jusqu’à devenir « une chaîne dont les maillons de complicité amicale,
de consolation sexuelle, parfois même de mauvaise entente, nous ont solidement attachés l’un à l’autre ».
Le quarantenaire finit par cesser d’exiger
le peu d’argent offert par Jean-Louis alias Johnny. « Peu à peu, jouant la passion, j’ai fini par m’éprendre de cet homme que je
ne trouve ni beau, ni intelligent, ni digne d’admiration, au point de ne plus pouvoir m’en passer. »
À force de partager la vie de Jean-Louis,
le narrateur (serait-ce l’auteur?) finit par
le considérer comme « un être vulnérable, plus humain, donc digne de respect et d’une certaine compassion ». Il va aussi finir par l’accompagner jusqu’à son dernier souffle.
À travers cette singulière et miséricordieuse liaison racontée avec brio, on comprend comment un lien plus fort que tout peut parfois unir deux êtres, délivrés de tout souci des apparences ou de toute convention. C’est plus qu’un éloge du vécu homosexuel, c’est un coup d’encensoir à
la quintessence même de la passion amoureuse.
8 mars 2019
Frédéric Martel, Sodoma, enquête au cœur du Vatican, essai, Paris, Éditions Robert Laffont, 2019, 632 pages.

Grande majorité et variété d’homosexuels au Vatican

Il est impossible de chiffrer
le nombre exact d’homosexuels
au Vatican parce qu’ils ont diverses teintes, « cinquante nuances
de gay », écrit Frédéric Martel, sociologue, journaliste et auteur
de Sodoma - Enquête au cœur
du Vatican
.
Le terme « homosexuel » comprend, ici,
des pratiquants gays, des inclinations homophiles, des gens dans le placard,
des versatiles et des « questioning ».
Selon Martel, « ils représentent la grande majorité » du personnel, au point où cela « dépasse l’entendement ». Toutes tendances confondues, ce serait autour
de 80%.
L’essai Sodoma - Enquête au cœur du Vatican, de Frédéric Martel, est paru en février simultanément en huit langues et dans une vingtaine de pays. Cette enquête sur l’homosexualité a duré plus de quatre ans, au cours desquels l’auteur-sociologue-journaliste a interrogé près de 1 500 personnes au Vatican et dans trente pays; parmi elles, on trouve 41 cardinaux,
52 évêques et monsignori, 45 nonces apostoliques et ambassadeurs étrangers,
11 gardes suisses et plus de 200 prêtres
et séminaristes.
Un des prêtres interviewés a lancé à Martel : « Benvenuto a Sodoma ! » (Bienvenue à Sodome !) C’est une référence aux villes de Sodome et Gomorrhe dans
la Genèse (Ancien Testament). Le viol que les habitants de Sodome projetaient avait
un caractère homosexuel, d’où le titre Sodoma.
Martel examine la présence homosexuelle, pour ne pas dire l’omniprésence, sous quatre pontificats: Paul VI (1963-1978), Jean-Paul II (1978-2005), Benoît XVI (2005-2013) et François (depuis 2013). Il y dégage
« Les 13 Règles de Sodoma » que voici :
1. Le sacerdoce a longtemps été l’échappatoire idéale pour les jeunes homosexuels. L’homosexualité est l’une des clés de leur vocation.
2. L’homosexualité s’étend à mesure que
l’on s’approche du saint des saints; il y a
de plus en plus d’homosexuels lorsqu’on monte dans la hiérarchie catholique.
Dans le collège cardinalice et au Vatican,
le processus préférentiel est abouti: l’homosexualité devient la règle, l’hétérosexualité l’exception.
3. Plus un prélat est véhément contre
les gays, plus son obsession homophobe
est forte, plus il a des chances d’être insincère et sa véhémence de nous cacher quelque chose.
4. Plus un prélat est pro-gay, moins il est susceptible d’être gay; plus un prélat est homophobe, plus il y a de probabilité qu’il soit homosexuel.
5. Les rumeurs, les médisances, les règlements de comptes, la vengeance,
le harcèlement sexuel sont fréquents au saint-siège. La question gay est l’un des ressorts principaux de ces intrigues.
6. Derrière la majorité des affaires d’abus sexuels se trouvent des prêtres et des évêques qui ont protégé les agresseurs en raison de leur propre homosexualité et par peur qu’elle puisse être révélée en cas de scandale. La culture du secret qui était nécessaire pour maintenir le silence sur
la forte prévalence de l’homosexualité dans l’Église a permis aux abus sexuels d’être cachés et aux prédateurs d’agir.
7. Les cardinaux, les évêques et les prêtres les plus gay-friendly, et ceux qui parlent peu de la question homosexuelle, sont généralement hétérosexuels.
8. Dans la prostitution à Rome entre
les prêtres et les escorts arabes, deux misères sexuelles s’accouplent: la frustration sexuelle abyssale des prêtres catholiques trouve son écho dans la contrainte de l’islam, qui rend difficile pour un jeune musulman les actes hétérosexuels hors mariage.
9. Les homophiles du Vatican évoluent généralement de la chasteté vers l’homosexualité; les homosexuels n’y font jamais le chemin en marche arrière en redevenant homophiles.
10. Les prêtres et les théologiens homosexuels sont beaucoup plus enclins à imposer le célibat des prêtres que leurs coreligionnaires hétérosexuels. Ils sont volontaristes et très soucieux de faire respecter cette consigne de chasteté, pourtant intrinsèquement contre-nature.
11. La majorité des nonces sont homosexuels mais leur diplomatie est essentiellement homophobe. Ils dénoncent ce qu’ils sont. Quant aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres, plus ils voyagent, plus ils deviennent suspects.
12. Les rumeurs colportées sur l’homosexualité d’un cardinal ou d’un prélat sont souvent le fait d’homosexuels, eux-mêmes dans le placard, qui attaquent ainsi leurs opposants libéraux. Ce sont des armes essentielles utilisées au Vatican contre
les gays par des gays.
13. Ne cherchez pas quels sont les compagnons des cardinaux et des évêques; demandez à leurs secrétaires, leurs assistants ou leurs protégés, et à leur réaction vous connaîtrez la vérité.
2 mars 2019
Pamela Hutchinson (sous la dir.), Cinéma
en 30 secondes
, essai traduit de l’anglais par André Gagnon, Montréal, Éditions Hurtubise, 2019, 160 pages, 22, 95 $.

Tout sur le 7e art en capsules de 30 secondes

Dans leur collection « 30 secondes », les Éditions Hurtubise ont publié pas moins de quarante tours d’horizon sur des sujets aussi variés que l’architecture, la biologie, la chimie, le jazz, la nutrition,
les religions, les grandes inventions et le vin. Place maintenant au Cinéma en 30 secondes, un survol de ses débuts, ses genres,
ses réalisateurs, ses stars,
ses mouvements et plus encore.
Chaque rubrique se lit en moins d’une minute et chaque section inclut le profil d’un joueur clef. Dans « Les mouvements », par exemple, il est question de l’expression-nisme allemand, de l’avant-garde russe,
du Pré-Code à Hollywood, du film noir,
du néoréalisme italien, de l’Âge d’or japonais, de la Nouvelle Vague française et du Nouvel Hollywood. Le profil est celui de Quentin Tarantino.
L’ouvrage a le mérite de présenter un glossaire des termes utilisés. Ainsi, pour
les Genres, on définit des mots comme Âge d’or d’Hollywood, cinéma direct, code Hays, film parlant, films retrouvés, Oscar, slasher (sous-genre du film d’horreur), technicolor et torture porn (forme extrême concentrée sur la mutilation et la torture corporelles).
La section sur les Stars présente Mary Pickford, Cary Grant, Toshiro Mifune, Robert De Niro, Shahrukn Khan et Catherine Deneuve. Le profil est celui de Marlene Dietrich. Dans les Réalisateurs, pas de Claude Jutra ou de Xavier Dolan. La contribution canadienne au cinéma brille par son absence (l’auteure principale, Pamela Hutchinson, est britannique).
La dernière section du livre va Au-delà
du Multiplex pour explorer le cinéma d’art et d’essai, le cinéma féministe, le New Queer Cinema, le cinéma expérimental, le cinéma ethnographique et le cinéma culte. Dans cette section, il est question, entre autres
de grindhouse, un « terme américain intraduisible pour désigner une salle de cinéma projetant des fils de série B, des productions qui tablent sur l’appétit d’un certain public pour le sexe scabreux et
la violence, ou encore des genres nichés comme les films de motards ou de zombies ».
Que vous soyez amoureux de comédies romantiques hollywoodiennes ou fan des films indépendants, Cinéma en 30 secondes demeure un ouvrage de référence autant que de divertissement pour saisir toute l’évolution du 7e art.
11 février 2019
Courtney Summers, Sadie, roman traduit
de l’anglais par Marie-Josée Thériault, Montréal, Éditions de l’Homme, 2019,
336 pages, 24,95 $.

L’amour est toujours compliqué

Avec une demi-douzaine de romans, l’Ontarienne Courtney Summers,
32 ans, se fait déjà remarquer pour le tempérament de ses personnages féminins difficile et sans complaisance, parfois aussi indélébiles qu’une cicatrice.
Son tout dernier roman intitulé Sadie ne fait pas exception, mais adopte une formule inusitée qui
peut s’avérer déstabilisante.
Cette formule est la conjugaison d’un long solo (voix de Sadie) alternant avec le podcast d’une baladodiffusion en huit épisodes. J’avoue tout de go que cette approche ne m’a pas fait embarquer dans
la mouvance de l’intrigue, loin de là.
Courtney Summers explore ce qui se
passe quand un mystère profondément troublant émerge dans la foulée d’un crime sordide. Elle raconte l’histoire d’une famille, de deux sœurs, des vies insoupçonnées de l’Amérique profonde. « Il y est question
de tout ce que l’on est prêt à faire pour protéger ceux que l’on aime… et du prix
qu’il faut payer quand on échoue. »
Des petites filles disparaissent tous les jours. Le podcaster se dit : « moins qu’on en sait, mieux on se porte ». Il ne veut pas s’arrêter à l’histoire de cette Sadie, parce qu’il a peur de ce qu’il pourrait fort probablement ne pas y découvrir, peur aussi de ce qu’il risque certainement d’y trouver…
À l’instar de bien d’autres romancières, Summers décrit comment l’amour demeure toujours compliqué, voire embrouillé. Avec un grand A, il est aussi bien « une source d’altruisme et d’égoïsme ». Il nous inspire tour à tour nos pires erreurs et nos plus grandes réalisations. L’amour peut tout aussi facilement nous réunir que nous séparer.
L’éditeur anglophone Wednesdaybooks
a fait appel à des auteures de best-sellers sélectionnés par le New York Times pour vanter les mérites de ce roman. Stephanie Perkins écrit : « Annulez tous vos rendez-vous. Vous n’irez nulle part avant d’avoir l
u la dernière page. » A. J. Finn parle d’un « drame poignant et d’un thriller électrisant ». Je n’irais certainement pas aussi loin que ça.
31 janvier 2019
Julie Brodeur, Le meilleur du Québec selon Ulysse : 400 expériences inoubliables, Montréal, Guides Ulysse, 2015, 288 pages, 29,95 $.

400 expériences inoubliables au Québec

Vous songez à visiter le Québec et vous êtes à la recherche de villages coups de cœur, de cuisine régionale, d’artisanat, d’aventures de plein air, de randonnées pédestres ou de visites insolites. Le meilleur du Québec selon Ulysse met en lumière 400 expériences uniques à vivre pour les gourmands, les sportifs,
les épicuriens, les amateurs
de culture et les curieux en tous genres, qu’ils soient enfants, ados
ou adultes.
L’ouvrage de presque 300 pages présentent, à titre d’exemples, 10 grands parcs à explorer, 15 festivals et événements à ne manquer sous aucun prétexte, 20 points
de vue à couper le souffle. Vous aurez l’embarras du choix, mais trouverez certainement chaussure à votre pied.
Je vous présente sept ou huit destinations dans autant de catégories.
Dans les randonnées pédestres, il est possible de longer l’un des plus longs fjords au monde, celui du Saguenay. « Célèbre pour ses panoramas et ses eaux peuplées
de bélugas, baleines, dauphins, marsouins
et phoques, le parc national du Fjord-du-Saguenay s’étend sur environ 100 km
de Saint-Fulgence à Tadoussac. »
Dans les expériences à vivre sans frais,
on trouve la plus grande centrale hydroélectrique souterraine du monde,
137 m sous terre, la centrale Robert-Bourassa à la Baie-James. Dans les villages coups de cœur, il est proposé de s’arrêter
à North Hatley (Cantons-de-l’Est), où se trouvent de « luxueuses villas, auberges
de charme et restaurants gastronomiques ».
Au chapitre des icônes architecturales, pourquoi ne pas visiter la basilique Notre-Dame de Montréal, construite entre 1824
et 1829 ? Son architecte d’origine irlandaise protestante « fut tellement satisfait de son œuvre qu’il se convertit au catholicisme avant de mourir, afin d’être inhumé sous l’église ».
Dans la catégorie des lieux d’hébergement de rêve pour se gâter, on recommande Fairmont Le Château Montebello, qui est
« le plus grand édifice en rondins au monde ». Dans celle de l’art et de l’artisanat, on vous suggère d’arpenter une galerie à ciel ouvert, la Rue du Trésor, « un des lieux les plus fréquentés de Québec ». Ou encore les trésors de la sculpture sur bois à Saint-Jean-Port-Joli.
Pour les amateurs de sport, il y a des balades à vélo mémorables ou la possibilité d’escalader les monts King, Condor et Césaire dans le Parc régional de Val-David – Val-Morin.
En tout dernier lieu, je vous signale une expérience insolite, soit celle d’expérimenter une nuitée à l’Hôtel de Glace, dans Vieille Capitale. « Entièrement bâti à même des milliers de tonnes de glace et de neige, l’époustouflant Hôtel de Glace est le seul
du genre en Amérique du Nord et figure sans contredit parmi les attractions incontournables du continent. » Il fait toujours entre -3 et -5 degrés Celsius.
Les 400 expériences inoubliables pour vivre ce que le Québec a de mieux à offrir sont regroupées sous 30 listes thématiques, le tout présenté de façon vivante et ludique. 
24 janvier 2019
Images et paroles, dialogues sur la vie et
les arts entre François-Xavier Chamberland et Pierre Karch,
avec la participation de Mariel O’Neill-Karch, Toronto, Éditions du Gref, 2018, 148 pages, 34,95 $.

François-Xavier Chamberland
et Pierre Karch

Pendant une vingtaine d’année, l’écrivain Pierre Karch a échangé des vœux du Nouvel An, écrits le plus souvent à la main, avec l’artiste visuel François-Xavier Chamberland qui notait les siens sur une carte arborant une récente création.
Cet échange qui va de décembre 1997 à janvier 2015 et une correspondance de juin 2015 à septembre 2017 sont rassemblés dans Images et paroles, dialogues
sur la vie et les arts entre François-Xavier Chamberland et Pierre Karch,
avec la participation de Mariel O’Neill-Karch.
Rappelons que Pierre Karch et Mariel O’Neill-Karch ont été respectivement professeur à l’Université York (Glendon) et
à l’Université de Toronto, ainsi que critiques de théâtre. Ils ont publié, seul ou conjointement, des ouvrages de divers genres littéraires. François-Xavier Chamberland a travaillé à CJBC de 1978 à 1996; on lui doit quelques 450 entrevues avec des Franco-Ontariens pour la seule émission « De A à X ». Il pratique
la peinture, la sculpture et le dessin depuis plus de 50 ans; nombre de ses créations sont des assemblages d’objets récupérés,
au pouvoir fort évocateur.
Selon Pierre Karch, il se dégage de leur correspondance « une sympathie telle que nous sentions ce qu’il fallait faire, ce qu’il fallait dire pour maintenir l’intérêt de l’autre ainsi que sa curiosité, cultiver sa faculté d’émerveillement et l’encourager à poursuivre son œuvre ». À la connaissance de Pierre, pareil échange demeure inédit,
à ce jour, dans le domaine des arts et des lettres au Canada français.
Dès 1998, Pierre écrit que l’imagination est
la compagne de vie de François-Xavier, « une compagne qui te sert bien ». Deux ans plus tard, en voyant comment ses amis torontois occupent leur vie, l’artiste visuel note que « la lecture, l’enseignement, l’écriture, le théâtre et les voyages sont d’excellents remèdes contre le vieillissement ».
Pierre a conservé toutes les cartes reçues
de François-Xavier, y retrouvant périodiquement de quoi alimenter son imaginaire en le frottant à celui de son ami. Il raconte ses promenades sur une plage de Miami où il observe les lamantins, dauphins, lézards et iguanes… pour conclure que
« la vie peut être tellement belle quand
on s’en tient aux bêtes qui nous font oublier un peu la bêtise des hommes ».
Les propos politiques sont rarissimes dans ces échanges, mais lorsque François-Xavier parle de Harper à Ottawa, Ford à Toronto
et la charte de la laïcité à Québec, Pierre répond que « la Chambre des Communes est devenue aussi vulgaire qu’un club de motards. L’hôtel de ville de Toronto est
une poubelle de Fin de partie. Nous n’osons pas commenter la scène politique au Québec où la xénophobie mérite d’être nommée membre honoraire du mérite
du drapeau de la croix gammée. » 
On apprend que Pierre Karch continue d’écrire des nouvelles… qu’il n’a pas l’intention de publier en raison du faible intérêt accordé à ses derniers recueils. « C’est pour mon propre plaisir et celui
de Mariel. »
L’ouvrage renferme les entrevues menées par François-Xavier avec Pierre et Mariel, respectivement en 1995 et 1996, de même qu’un entretien de la revue Rauque avec François-Xavier en 1986. Dans la section « Dialogues sur la vie et les livres », il est question de Pierre Gauvreau, George Steiner et Dan Brown, entre autres.
L’artiste visuel souligne que sa démarche consiste à « faire le saut du conscient à l’inconscient, et de laisser aller l’inconscient ou le subconscient. (…) Il y a un objet que
je regarde, que je mets avec un autre, puis
la rencontre des deux dit telle ou telle chose. » Le tout avec rythme, élégance et esthétique.
L’écrivain, lui, conclut qu’il a passé sa vie à enseigner ce qui lui paraissait beau, valable, digne d’être connu et étudié. « Si j’ai eu
une petite influence sur le développement intellectuel et moral d’un très petit nombre, c’est autant de pris. »
28 décembre 2018
Mathieu Muir, L’ère de l’Expansion, roman, Ottawa, Éditions David, coll. 14/18, 2018,
250 pages, 14,95 $.

Véhicules volants,
navettes de lévitation
et voies en apesanteur

Peut-on rêver d’une planète où
les politiques sociales, économiques et environnementales seraient uniformes, un seul peuple, un seul gouvernement? Mathieu Muir explore cette avenue dans un roman de science-fiction intitulé L’ère de l’Expansion. L’action s’étend de 2208 à 2253, si l’on compte seulement
les années de notre ère…
En 2208, à la suite du traité de Tokyo,
la Terre est divisée en quatre pôles : l’Étoile d’Amérique, l’Union transeuropéenne, l’Alliance du Sud et le Soleil d’Orient.
Les frontières sont fermées, pas de migration possible d’un pôle vers un autre. Partout,
on tente de limiter la croissance démographique.
Mathieu Muir est un scientifique de formation, mais son talent littéraire est ouvert à un élément invraisemblable pouvant bouleverser ses paradigmes.
La science-fiction le sert bien et dès les premières pages du roman, on apprend que la capitale de Mars s’appelle Dubaï II.
Il n’y a pas de vie (colonie) sur Mars, mais plutôt un laboratoire de développement scientifique.
La téléportation joue un rôle de premier plan dans L’ère de l’Expansion. Elle se fait par un numériseur-désintégrateur-régénérateur, une sorte de canon capable
de déplacer matières et humains en dix minutes, peu importe la distance.
Curieusement, ce roman paraît quelques mois après Téléportation et tours jumelles, de Louise Royer, également aux Éditions David. Autre curiosité, le système métrique cède à un « six pieds quatre pouces ».
Un morceau de l’Étoile d’Amérique a-t-il plus de poids ?
C’est le Soleil d’Orient qui a le secret de
la téléportation, donc une longueur d’avance sur les trois autres pôles. Véhicules volants, navettes de lévitation, voies publiques en apesanteur, rien n’est à son épreuve. Tout est axé vers une nouvelle planète; serait-elle exclusivement asiatique…?
Le roman de Mathieu Muir est un heureux mélange de physique avancée, de philosophie, d’histoire et de sociologie. L’auteur note que, de tout temps, les humains ont possédé l’instinct de conquête et qu’ils aiment guerroyer.
Il y a plusieurs clins d’œil à la gastronomie dans ce roman. Nombre de décisions cruciales dans l’intrigue se prennent lors de dîners. L’un de ces repas entre officiers de trois pôles inclut des sushis et d’autres mets à base de poisson cru « pour donner l’impression qu’ils dévoraient leurs ennemis (Soleil d’Orient), en s’empiffrant à volonté ». J’aurais cependant trouvé mieux que des cannellonis au vin blanc après avoir quitté le vaisseau spatial.
Les années 2208-2253 sont numérotées selon le calendrier religieux (après Jésus-Christ). Un personnage note que cela est absurde puisque la religion catholique est « nulle part populaire sur Terre maintenant. Même l’Alliance du Sud a récemment été déclarée athée. »
Dans ces années 2200, la population de
la Terre atteint 30 milliards, on peut visiter le Musée des Jeux spatiolympiques et participer à des courses entre la Terre et Mars. Je ne vous parle pas d’une autre planète habitable, car ce serait vendre
la peau de l’ours avant que vous ne l’ayez traqué… 
17 décembre 2018
Mike Unwin, Migration – Le merveilleux voyage des animaux, album illustré par Jenni Desmond, Paris, Les Éditions des Éléphants, 2018, 48 pages., 27,95 $.

Vingt incroyables voyages

La sterne arctique pourrait aussi bien s’appeler la sterne antarctique car elle migre d’un pôle à l’autre chaque année, parcourant jusqu’à
77 000 kilomètres. Voilà une
des nombreuses découvertes que Mike Unwin et Jenni Desmond nous font découvrir dans Migration –
Le merveilleux voyage des animaux
.
Portés par les vents déchaînés, ballottés
par les courants violents, foulant le sable brûlant du désert, les oiseaux, poissons
et animaux rivalisent d’exploits pour se nourrir ou donner naissance à leurs petits.
« Cui-cui! Les hirondelles sont alignées sur les fils électriques, comme des notes sur une portée musicale. » À l’automne, l’hirondelle rustique doit se préparer à traverser mers, montagnes et désert – plus de 10 000 kilomètres en cinq semaines seulement – pour passer de l’Europe au sud de l’Afrique.
Le cas du grand albatros a de quoi étonner. Il quitte la petite île rocheuse où il est né, dans l’océan Austral, et parcourt chaque année plus de 100 000 kilomètres à la recherche de nourriture. « Pendant tout
ce temps, le ne s’est pas posé sur la terre une seule fois. »
Chaque année, les éléphants d’Afrique quittent la région sèche du Kalahari pour
les marais humides de l’Okavango, là où
les adultes peuvent boire jusqu’à 200 litres d’eau par jour. Sur un autre continent,
le tout petit colibri à gorge rubis traverse 800 kilomètres au-dessus des mers, quittant sa maison d’hiver en Amérique centrale (Mexique) pour voler vers l’Amérique du Nord.
Le papillon monarque fait le trajet inverse;
il se reproduit en Amérique du Nord et migre vers le Mexique pour y passer l’hiver. « En cours de route, quatre générations de papillons naissent et meurent. »
 Ce ne sont là que quelques exemples du parcours migratoires d’une vingtaine d’espèces, qui est décrit dans cet album. Attendez-vous à des trouvailles surprenantes, comme ces martinets qui peuvent passer jusqu’à dix mois d’affilée dans les airs. « Ils se nourrissent et dorment en vol, sans se poser une seule fois. »
11 décembre 2018
Isabelle Larouche, Le roi de Miguasha, roman illustré par Jocelyne Bouchard, Montréal, Éditions du Phœnix, coll. Premières Nations, 2018, 192 pages, 13,95 $.

Complicité micmaque
et acadienne

La Gaspésie a des racines amérindiennes et acadiennes. Isabelle Larouche l’illustre bien
dans son roman intitulé Le roi de Miguasha. Les deux protagonistes sont les adolescentes Tallulah Jérôme et Angèle Leblanc; la première vit à Gesgapegiag et la seconde à Maria.
Il est souvent question de légendes micmaques, comme celle du géant Glooscap qui, en s’endormant, a creusé la vallée d’Annapolis; « la Nouvelle-Écosse était
le lit de ce grand sorcier et l’Île-du-Prince-Édouard, son oreiller ». Ou encore du génie Sketekemouc, « fantôme présage d’un grand danger… »
L’Acadienne Angèle et la Micmaque Tallulah participent toutes deux à la finale régionale de l’Expo-science. Le prix est un voyage
en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est en visitant le Cap-Breton, Halifax, Lunenberg, Grand-Pré et Peggy’s Cove que les deux ados deviennent amies.
Elles ont besoin de peu de mots pour se comprendre. Assises sur la même banquette de l’autocar, Angèle et Tallulah échangent des sourires, des mots d’encouragement,
puis des confidences. Une belle complicité
se tisse et une profonde amitié en émerge.
Le projet d’Angèle pour l’Expo-science porte sur les oiseaux, ce qui lui vaut le surnom Ang’ailes d’oiseaux. Celui de Tallulah concerne le métal le plus ancien utilisé
par l’homme, le cuivre. La véritable passion de la jeune Micmaque est la paléontologie qui la poussera à risquer sa vie « pour un poisson vieux de 385 millions d’années »,
le roi de Miguasha.
Le roman regorge de mots dans la langue micmaque, dont voici quelques exemples : Kaskapepiag (Cascapédia ou rivière longue), Gespeg (Gaspé ou le bout du monde), Gepèèg (Québec ou là où le fleuve rétrécit). Les quelques illustrations n’ajoutent rien
au récit, sauf peut-être un peu de grisaille.
Auteure d’une vingtaine de romans pour jeune public, Isabelle Larouche s’intéresse depuis longtemps à la culture autochtone. Dans Le roi de Miguasha, elle jongle facilement avec l’histoire et la psychologie, cherchant souvent à glisser un brin d’humour par-ci par-là.
7 décembre 2018
Paul Martin, Pas de cadeau pour les bêtes, album illustré par Antonin Louchard, Paris, Éditions du Seuil, 2018, 32 pages, 27,95 $.

Une intrigue tombé du ciel un 24 décembre

Le Père Noël file sur son traîneau
et un cadeau s’échappe, tombe dans un banc de neige près d’une forêt.
Le blaireau est le premier à le voir… Ainsi commence le conte Pas de cadeau pour les bêtes, de l’écrivain français Paul Martin.
Après le blaireau, suivent un lapin, un écureuil, un corbeau, puis un rouge-gorge qui raconte l’incident à qui mieux mieux. Les animaux rappliquent : l’ours rêve d’un pot de miel, le renard d’une terrine de pâté, le héron au long cou d’une écharpe chaude, le serpent craint que ce soit un vélo !
Le hibou décide qu’il ne faut pas chercher
à ouvrir le cadeau avant les douze coups
de minuit, c’est lui qui montera la garde.
« Il était sage mais il était vieux et fatigué. Bientôt, ses yeux se fermèrent. » Le rusé renard y voit une occasion… qui fait
le larron. Je ne vais quand même pas vous dévoiler ce que contient ce cadeau tombé du ciel.
Je vous signalerai cependant que les illustrations d’Antonin Louchard sont enivrantes et coquines. Pour Paul Martin, point besoin d’un cadeau pour faire la fête. Le seul fait d’être réunis demeure une occasion de sentir heureux dans sa peau… d’ours, d’écureuil, de lapin, d’enfant !
4 décembre 2018
Bernard Mulaire, Flâneries et souvenances, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2018, 284 pages, 21,95 $.

Écriture sensible et délicate d’un septuagénaire

Dans Flâneries et souvenances,
le Franco-Manitobain Bernard Mulaire, 73 ans, raconte sa timide découverte de l’homosexualité,
sa sortie du placard pleine de délicatesse et de sensibilité, puis
sa vie de gay adulte marquée
du sceau de la vulnérabilité.
Né à Saint-Pierre-Jolys, éduqué a
u Collège de Saint-Boniface, il estime que « la révolution tranquille au Manitoba français a dû quelque chose à l’éveil de l’homosexualité parmi les siens, à son esprit contestataire ».
Le livre prend la forme d’un journal écrit entre 2003 et 2017, mais il raconte des pages de vie souvent antérieures à ces années-là. Plusieurs notices nous ramènent au cours classique chez les Jésuites, en 1958-1966. C’est une époque où, « en bien des endroits et pour bien des gens, l’homosexualité avait été une aberration, vécue (si vécue) dans la honte et la plus grande cachoterie ».
Au fil de ses flâneries et souvenances,
il est clair que le sport préféré de Bernard Mulaire est… la conversation. Avec le serveur Stéphane, avec Michel dans le bain tourbillon, avec le confrère Don en arts plastiques, avec l’artiste-peintre Martin dans le Village gay de Montréal, l’auteur laisse une première impression l’amener à décrire un monde plus vaste. « Mon plaisir est
de raconter. »
Comme j’ai moi aussi fait mon cours classique à peu près à la même époque (Mulaire est deux ans plus vieux que moi), j’ai souri en lisant que l’homosexualité n’était pas interdite dans les collèges ou séminaires de l’époque, c’est la sexualité
qui l’était. Comment savoir ce qui constituait alors un péché véniel ou mortel ? Très simple : « les jeunes collégiens durent calculer les instants du plaisir initial comparativement au consentement final pour se décharger de la culpabilité mortelle… »
Pour cacher son attirance vers Jean-Marc, Christian, Gérard ou Claude, le jeune Bernard Mulaire s’adonne au dessin, à la peinture
et à la sculpture sans s’attirer les reproches d’un père jésuite. « Ah, le subterfuge de
l’art ! Qui eût cru cela possible au Collège de Saint-Boniface ? »
Les flâneries de l’auteur le conduisent
au gymnase où il aime admirer « le galbe des fesses paradisiaques » ou lorgner
vers des éphèbes et des Adonis qui se déhanchent dans des tenues légères. Il ne sait comment les satisfaire tous, mais
« je me suis consacré à la tâche avec acharnement, mon seul espoir étant de
les combler de toutes les manières imaginables ».
Mulaire ne parle pas uniquement de sexualité et de sensibilité homoérotique.
Il décrit ses parents et grands-parents.
Sa mère était une Préfontaine de Saint-Pierre-Jolys et je me suis demandé s’il n’y avait pas un lien de parenté avec mon premier patron au Secrétariat d’État (1971), le Franco-Manitobain René Préfontaine…
Sans donner de dates précises, l’auteur dresse une liste de ses pérégrinations, depuis Saint-Pierre-Jolys jusqu’à Montréal, en passant par Saint-Boniface, Winnipeg, Taxco (Mexique), Philadelphie, Rome, Banff, Québec et Toronto. Sa prochaine destination est « ? ? ? ».
Bien que l’écriture de Flâneries et souvenances ne soit pas très typique du XXIe siècle, le récit me semble un excellent canevas pour un docu-fiction.